De jeunes Opossums

J’ai passé les huit derniers jours en compagnie de trois autres éducateurs et de neuf élèves qui proviennent de cinq écoles différentes. Collectivement, nous avons beaucoup blogué. Personnellement, j’ai moins blogué que lors de mes précédents voyages. Je constate, c’est tout. Néanmoins, je reviens enchanté de ce périple et pour plusieurs raisons.

D’abord, il y a l’atmosphère générale dans le groupe pendant tous ces transports, toutes ces visites et ces périodes où nous étions en présence les uns des autres. Jeunes et adultes poursuivaient le même but: celui de témoigner de nos apprentissages et de la force des communautés tout en découvrant un peu mieux la France. J’agissais en tant que «responsable» du groupe assisté de trois personnes vraiment co-responsables et excellents copains de voyage. Je suis surpris de voir que ça n’a pas été lourd de voyager avec tout ce beau monde. Des décisions qui se prennent rondement, des consensus assez faciles à établir, quelques changements de programme et surtout, un dialogue constant entre chacun: voilà ce qui a caractérisé notre séjour.

Et puis, que dire de toute cette énergie reliée au fait d’avoir réussi notre mission. Je suis porté à penser que tout part de la présentation des jeunes, le jeudi matin à Autrans. Il faut reconnaître que depuis plusieurs jours j’étais centré sur cette présentation. Avant de partir, dans les jours et les heures qui ont précédé, je me suis employé à réunir les conditions pour que les jeunes soient capables de bien exprimer ce qu’ils pensaient de la thématique de cette onzième édition des rencontres d’Autrans. Si je me réfère aux retours que nous avons eus, les principales qualités de leur exposé résidaient dans le fait qu’ils étaient à l’aise, qu’ils s’exprimaient très bien et que le contenu de leur propos était crédible et cohérent. Je crois en effet que l’encadrement que nous leur avons procuré a permis à chacun de bien nommer ce qu’il ressentait par rapport à l’utilisation des nouvelles technologies pour apprendre, en contexte scolaire et en dehors.

Les exemples choisis pour illustrer comment les outils qu’ils utilisent changent leur rapport aux savoirs et les motivent à mieux apprendre étaient très parlants. Il fallait voir de jeune en jeune comment l’audience était «scotchée» (terme «français» ici;-)). Pendant la durée de notre présence à Autrans, le regard des adultes et des autres jeunes présents témoignaient qu’ils avaient fortement impressionné. Suffisamment en tout cas, pour que leur témoignage reste dans la mémoire de chacun même sur le parvis de la gare à Grenoble où des participants continuaient de nous dire à quel point ils avaient apprécié.

Il faut parler aussi de toute cette conversation sur les espaces Web animés par les neuf étudiants (sans nous oublier, nous les adultes membres de la délégation). Les parents ont constitué les moteurs de cette animation davantage que les gens des écoles, sauf dans le cas de l’Institut St-Joseph et du Centre d’Apprentissage du Haut-Madawaska qui ont quand même plus de trois ans d’expérience de la communauté d’apprentissage. Chaque commentaire était accueilli avec beaucoup de ravissement par les jeunes et j’ai entendu de nombreux témoignages à l’effet qu’il était important de pouvoir visualiser comment les outils de publication Web permettaient de sentir l’adéquation entre le propos des jeunes et ce qui était publié dans les espaces des écoles. Au moment d’écrire ces lignes, force est d’admettre que peu de gens de l’extérieur ont osé se joindre à la conversation sur le Web.

Par les outils de statistiques, on peut facilement voir que les sites ont enregistré des records de fréquentation, mais en dehors de Clément, des profs de trois des écoles (merci en particulier à François Guité qui s’est investi au-delà de son institution et des familles, peu d’adultes (edublogueurs ou autres) ont posté de commentaire ou de billet évoquant notre voyage. Il me faudra aussi rassembler tous les endroits où il a été question de la prestation des jeunes. Ils ont beaucoup été interviewés…

Je ne sais pas s’il faut réfléchir longtemps à cette question (du peu de commentaires de l’extérieur à la communauté proche) puisqu’il n’y avait aucune attente de ce côté. Comprenons-nous bien; nous étions sur un «high» vraiment fort pendant toute la durée du séjour vécu à Autrans. Le courant passait super bien autant sur le Net qu’à Maeva.

Comme je n’ai à peu près pas eu le temps de regarder mon agrégateur, ça ne m’a pas effleuré l’esprit de savoir comment les autres percevaient ce qui se passait. J’ai interprété le silence des gens qui viennent commenter sur mon blogue habituellement par le fait que l’action ne se passait pas vraiment sur «Mario tout de go». Maintenant que je suis dans l’avion et que j’ai pu faire le tour de l’agrégateur (gorgé de billets ce matin avant de partir), je me dis que nous étions peut-être sur une grosse baloune. Et qu’elle pourrait retomber bien vite parce que l’expérience peut être perçue comme étant encore locale et anecdotique, malgré cette forme de reconnaissance internationale. Autrement dit, c’est probablement aussi que l’abondance de la réaction des parents et de la communauté locale faisait en sorte qu’on ne se sentait pas vraiment à l’aise de venir s’immiscer dans ce dialogue peut-être un peu beaucoup «autocongratulant». Quelqu’un a aussi avancé l’hypothèse qu’aucun billet ne donnait vraiment l’occasion de commenter sur l’ensemble de l’expérience décrite.

Toute cette réflexion pour dire que j’ai l’impression d’avoir contribué à mettre la lumière sur tout plein de petits Opossums en devenir… et sur une façon originale d’utiliser les technologies pour apprendre.

Je me souviendrai de ces nombreux moments où nous étions tous munis de nos portables à Maeva pendant que les participants esquissaient un sourire en regardant ces jeunes pousses en train de bloguer entre deux ateliers. C’était intéressant de pouvoir compter sur des jeunes qui pouvaient bien s’exprimer, mais s’aurait été bien éphémère s’ils n’avaient été que de bons orateurs. C’est probablement par leurs usages que les jeunes nous ont le plus éblouis. Ils ont vraiment démontré comment ils peuvent apprendre quand on leur permet de devenir producteurs de contenu…

Au bout du compte, c’est l’interaction qui semble beaucoup les mobiliser et les rejoindre.

C’est ce qu’il me faut méditer davantage dans les prochains jours.

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4 réponses à De jeunes Opossums

  1. Avatar de FrancoisGuite FrancoisGuite dit :

    En cherchant bien, tu n’auras pas de difficulté à trouver des causes à l’apathie pour cet événement. J’en aurais long à dire sur le sujet, mais je préfère tirer la bride de mon négativisme pour ne pas ternir une si belle expérience. Je me contenterai de dire que j’ai été frappé de la différence d’attitudes et de participation entre les communautés québécoises et néo-brunswickoises.
    L’attrait pour ce genre d’événement ne vient pas tout seul. Ça n’a rien d’un MacWorld. Le peu d’intérêt qu’on porte à l’éducation et à l’intégration des TIC laissait déjà présager une faible affluence.
    J’aurais aimé être à l’école afin de mousser l’intérêt pour l’événement. Entre autres, j’aurais fait participer tous les élèves dans un brainstorm collectif qui aurait alimenté Louis-Étienne et Dominick dans leur réflexion et leur présentation. Des mind-maps et des citations d’élèves auraient pu être d’une certaine utilité.
    Malgré tout, je mise moins sur l’étendue de cet événement que sur la qualité de son impact. Vous avez fait vivre une expérience extraordinaire à ces neuf jeunes, dont on a pas fini de mesurer les retombées dans leurs milieux et dans leurs vies.
    Mes compliments aux jeunes, et ma reconnaissance aux accompagnateurs.

  2. Avatar de NelsonMagoon NelsonMagoon dit :

    Vous semblez en effet avoir profiter de cet événement. Je vous envie.
    Je crois que ce voyage représente une leçon à ceux qui doute des logiciels sociaux en disant que les jeunes s’isolent devant leur  »machine ».
    Voilà, un exemple où le cybercarnet uni les gens et les amènes à socialiser, à construire et à partager. La synergie, la cohésion et le succès le démontrent
    Je vous lève mon chapeau

  3. Peut-être que des commentaires pourront être également placés à cet endroit:
    http://www.inrp.fr/blogs/vst/index.php/2007/01/18/autrans_2007_a_l_ecole_des_generations_i
    Et si les jeunes étaient invités à le faire, question de poursuivre la discussion au plan international?

  4. Avatar de Mario Asselin Mario Asselin dit :

    Je me charge de leur acheminer le lien, avec l’invitation à commenter, bien sûr…

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