Wikipedia vu sous la lorgnette de l’intelligence collective

Voici les notes qui m’ont servi pour la chronique «TIC et éducation» de l’émission «Citoyen Numérique» d’aujourd’hui, 19 avril…

  • Selon Patrice Létourneau, Wikipédia est «un site Web dynamique, où tous les visiteurs peuvent modifier les pages qu’ils consultent». Les cinq principes de l’oeuvre co-fondée par Jimmy Wales et Larry Sanger sont:

    A- Une encyclopédie qui recherche une exactitude aussi poussée que possible,
    B- qui recherche la neutralité de point de vue,
    C- qui publie un contenu libre et ouvert à tous (sous licence GNU GPL) qui autorise chacun à copier, modifier une copie et distribuer le contenu),
    D- qui suit des règles de savoir-vivre (qui recherchent le consensus)
    E- qui n’a pas de règles fixes en dehors des cinq principes généraux (donc, si vous faites des erreurs, d’autres contributeurs les détecteront, les corrigeront et vous les expliqueront)…

  • À la base, Wikipédia se construit sur un wiki qui est un logiciel très particulier permettant à un groupe de personnes de publier facilement du contenu sur la même page Web. À chaque jour, je découvre de nouveaux projets, sur wiki; ce matin même par exemple, «WikiÉduQuébec» (un Wiki consacré à la centralisation de ressources et documentation portant sur les cours du secondaire et du CEGEP du Québec). L’utopie de ce genre de projet qu’est wikipédia est lié au fait que n’importe qui passant par là peut changer le contenu, que la syntaxe particulière fait que c’est aussi un autre truc où on n’a pas vraiment besoin de connaître l’informatique pour publier du contenu. Et le rêve fou des concepteurs nous mène loin: 6 millions d’articles en 171 langues (le «Lëtzebuergesch» (langue parlée au Luxembourg), vous connaissez???), 12e site le plus visité par les Français et on arrive à près de 500 000 articles en français (il y a en Anglais et en Allemand qu’il y en a plus…), 236 serveurs Linux hébergent le site.
  • Plusieurs collaborateurs de Wikipédia prennent beaucoup de soins pour dire «qu’on doit apprendre à douter de sa fiabilité». Wikipédia n’est ni démocratique ni une source de référence absolue (voir la politique du Middlebury College). Mais c’est un instrument d’éducation incroyable. C’est l’endroit où il fait bon débuter une recherche d’information ou de faits… C’est le lieu encyclopédique le mieux référencé, mais le caractère évolutif des informations déposées fait de Wikipédia un projet qui s’améliore constamment de par le grand nombre de personnes qui ont choisi d’adopter des articles et de se comporter en «chien de garde». Le fait que Wikipédia a été une des premières encyclopédies à statuer sur le statut de Pluton en tant que planète prouve sa souplesse vis-à-vis des ouvrages plus statiques. Les deux plus grandes menaces que rencontre Wikipédia sont le vandalisme et les arrivées massives de bénévoles-contributeurs (qui sont peu familiers avec les règles et qui foutent parfois «le bordel»). Et il y a ces autres catégories de gens qui dérangent beaucoup: les fanatiques, les partisans, les trolleurs, les publicitaires et les spammeurs. «Quant aux vandales, ils feront toujours preuve de moins de persévérance que les wikipédiens»…
  • Certains contributeurs jouent des rôles particuliers dans WP (et possèdent des droits supplémentaires): les administrateurs, les stewards, les bureaucrates et les développeurs. De fait, il est important de dire que ceux qui critiquent le plus Wikipédia ne corrigent jamais les imperfections qu’ils voient même s’ils pourraient le faire… Les détracteurs qui sont souvent des gens qui n’aiment pas que les moteurs de recherches pointent si souvent (et «injustement») vers Wikipédia et non vers leurs sources (et ils n’ont pas nécessairement tort). Il arrive que des pages soient bloquées ou que des règles soient émises pour arbitrer des conflits. Il faut se souvenir qu’il y a des moments où Wikipédia est vraiment indispensable comme cette semaine où, dès les premiers instants de la catastrophe de Virginia Tech, elle était le lieu d’une concertation extraordinaire pour permettre à des personnes qui ne se connaissent pas de construire en quelques minutes beaucoup d’information et de sens (l’historique des pages en anglais et en français en témoigne); lors des événements comme les tsunamis, on a assisté au même phénomène (lire ce billet, «Forces et faiblesses de l’approche collaborative dans Wikipédia»). Ça nous mène vers une conclusion sur la notion «d’intelligence collective» (définie par la FING: «une intelligence variée, partout distribuée, sans cesse valorisée, coordonnée en temps réel, qui aboutit à une mobilisation effective des compétences»). Au minimum, s’il n’y a pas à proprement parler d’intelligence collective, on doit au moins admettre qu’il y a de la «rédaction collective»… Ce n’est pas rien. On peut douter de bien des choses en lien avec Wikipédia, mais pas du fait que plusieurs personnes, librement, souvent anonymement, donnent du temps et de l’expertise au service de la communauté pour faire avancer les connaissances dans une organisation, sans chef réel, sous des règles qualifiées parfois d’anarchiques, mais disons «très soft», parce que des règles, il y en a…

  • - Larry Sanger a dit : «Ce qui est important dans Wikipédia est le fait que c’est un moyen d’organiser une énorme quantité de travail dans un simple but intellectuel.» J’ajouterais… et ça s’est construit complètement en dehors des milieux scolaires!?!

    - James Surowiecki : «C’est la conjonction entre le nombre et les règles qui sont appliquées entre les membres du groupe, qui feront que le groupe pourra prendre en compte plus de facettes d’un problème complexe qu’une seule personne…»

  • Perspectives d’avenir: les versions CD-rom et le lien avec le OLPC
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Une réponse à Wikipedia vu sous la lorgnette de l’intelligence collective

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