Une économiste de l’IEDM suggère d’abolir les niveaux scolaires, tant qu’à y être

Je savais bien que le pire des arguments du CSE dans le dossier des bulletins serait celui repris par les tenants du culte de la compétition. M. D’Arrisso dans un commentaire sur ce billet avait raison de m’inviter à aller au-delà du communiqué de presse et des interprétations des journalistes et autres chroniqueurs, mais à lire la chronique d’aujourd’hui de Nathalie Elgrably (publié aujourd’hui dans les quotidiens de Québécor), je crois que j’avais raison de m’inquiéter «des dommages» pouvant survenir. C’est qu’il y a quelques personnes pouvant embarquer dans «la logique» à deux cennes de l’économiste de l’Institut Économique de Montréal:

«Dit autrement, ils veulent éliminer les notes de peur de traumatiser les cancres. Mais alors pourquoi nous limiter aux notes? Pourquoi ne pas cesser de compter les points lors des rencontres sportives, des tournois d’échecs et des parties de Scrabble? On ne voudrait quand même pas infliger un choc émotionnel aux mauvais joueurs, n’est-ce pas?! Nous pourrions aussi abolir les niveaux afin que les élèves de 1re année ne se sentent pas «petits» par rapport à leurs camarades de 6ième. Et pour être certains d’éloigner toute possibilité de comparaison, les fonctionnaires ne devraient-ils pas également légiférer sur le contenu des boîtes à lunch? On pourrait ainsi éviter que certains enfants ne jalousent le sandwich de leurs camarades. Les exemples de ce genre sont nombreux, mais il est préférable de s’arrêter là: des fonctionnaires pourraient s’en inspirer!»

Le reste de la chronique est tout aussi édifiant à lire. Avec cette façon d’enclencher le débat (officiellement, il n’y a pas de débat, mais bon…), on est certain que ça va voler haut! Pour tout de suite, je vais aller à ma première réunion en soirée de l’année scolaire (l’automne s’en vient) et quand j’en serai revenu (de la réunion et de la chronique), j’aurai peut-être le goût de proposer quelques nuances…

Pas sûr que ça vaut la peine de se choquer, par contre; ceux qui ont un peu de jugement devraient voir comment c’est GROS d’écrire que «l’absence de notes prive l’enfant de la principale source de satisfaction qu’il retire de ses efforts». Je veux bien que l’esprit de la réforme vise à soustraire la compétition de l’évaluation, mais il ne faut pas oublier que cette dernière existera toujours à l’école même si on ne revient pas aux chiffres et aux moyennes de groupe. La meilleure «quote» est celle de la fin de l’avant-dernier paragraphe:

«Les élèves ont besoin d’une bonne raison pour éteindre la télé et passer des heures à étudier. Les notes constituent cette indispensable incitation. Elles sont le fruit de leur labeur. Un de mes étudiants m’avait dit un jour que les notes sont à l’élève ce que le salaire est au travailleur. Il avait raison!»

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4 réponses à Une économiste de l’IEDM suggère d’abolir les niveaux scolaires, tant qu’à y être

  1. David D'Arrisso dit :

    Visiblement, il semble que, dans ce cas-ci, le « privilège » d’avoir eu un bulletin chiffré n’ait pas été garant d’une très grande probité intellectuelle. En effet, il semble que les sophismes et artifices rhétoriques soient beaucoup plus nombreux que les arguments dans cette chronique:
    Attaques ad hominem: « les bonzes qui ont concocté la réforme »;
    Extension abusive du propos (votre première citation, M. Asselin, en est un très bel exemple);
    Ah oui, j’allais oublier, des procès d’intention à ne plus finir… On pousse le bouchon jusqu’à invoquer le « spectre » des communisss (avec trois s), comme dans le bon vieux temps de Maurice le Noblet :
    « En s’opposant aux notes, le CSE tente de créer une école aseptisée qui s’inspire d’une vision égalitariste. C’est le communisme appliqué à l’éducation! »
    Tout y passe quoi! Et puis euh…dites-moi… est-ce que quelqu’un va finir par le lire en entier cet avis du Conseil?

  2. Avatar de Mario Asselin Mario Asselin dit :

    Vous faites bien de réinsister sur ce point M. D’arrrisso. Moi le premier, je me donne quelques jours pour lire au complet cet avis. J’ai gardé dans mes signets le texte résumant votre position que je compte lire également. Nous avons tous avantage à regarder aussi si cette question des bulletins est aussi importante que l’intensité de certains débats le laisse croire…

  3. Bonjour Mario
    Fait chaud au Québec ! Rires !
    Paradoxalement, je trouve que la violence de ces propos est très saine : elle met au grand jour la violence du système… après ça personne ne pourra dire: « on ne savait pas » !
    C’est finalement une base de travail pour prendre la mesure des résistances, leurs motivations et pour avancer… et vous l’avez fort bien compris !

  4. Avatar de JacquesCool JacquesCool dit :

    Je ne peux m’empêcher ici de penser à cette phrase de Bill Gates, qui s’adressait à des finissants au secondaire :
    « Your school may have done away with winners and losers, but life HAS NOT. In some schools they have abolished failing grades and they’ll give you as MANY TIMES as you want to get the right answer. This doesn’t bear the slightest resemblance to ANYTHING in real life. »
    Il disait aussi : « La vie est injuste; habituez-vous… » Ouf! Sa liste de conseils est assez caustique, merci.
    Merci du partage, Mario et bonne rentrée.

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