WikiScanner: un outil parmi tant d’autres pour jouer l’archéologue chez Wikipédia

Quand on demande à Virgil Griffith pourquoi il a créé l’outil Wikipedia Scanner, il affirme tout bonnement: «To improve virgil.gr’s Google pagerank for the query ‘virgil’!»
C’est que le site codé par ce diplômé de l’Université de Californie (CalTech) risque d’être le buzz de cette rentrée 2007-2008. Le concept est simple; une base de données permet de lier les millions de modifications aux pages de l’Encyclopédie Wikipédia aux organisations qui possèdent les ordinateurs d’où originent les changements. Une histoire d’adresses IP…
Et c’est reparti: on savait bien que Wikipédia n’était pas fiable! Tristan Péloquin parle des «histoires d’HORREUR à propos de Wikipédia». Rue 89 pense que le bidule va permettre «d’identifier un certain nombre de PRÉDATEURS de l’encyclopédie en ligne». Wired a lancé la «wikidgame», un concours des plus belles censures et manipulations de l’information détectées à l’aide de cet outil.
Pourtant, on pouvait (on devait?!?) déjà par l’onglet « historique » remonter le temps et savoir qui a écrit quoi et quand. Je me suis déjà exprimé sur la question de savoir si Wikipédia était une source assez fiable pour être citée et je ne crois pas que l’arrivée de Wikipedia Scanner va changer quoi que ce soit à la réalité. Wikipédia est une autorité informationnelle et «l’intégrer dans le processus de recherche vers le savoir est donc le chemin à suivre même si s’en servir comme source est peut-être périlleux.»
Je ne suis pas en train de dire que le site de M. Griffith ne sera pas utile dans une perspective plus éducative (apprendre aux jeunes comment vérifier «qui a écrit quoi et quand»), mais d’autres outils existent dans cette veine dont «Colored Text» «qui va un peu plus loin dans la tentative d’analyser un certain niveau de confiance associé à des modifications» (source: courriel de Patrice Létourneau). Même «notre ami Virgil» semble de cet avis (source): «As for other approaches, I think colored text is a promising direction for combating disinformation in wikipedia.» Parlant de confiance en Wikipédia, j’aime bien cette réaction d’un internaute à laquelle je m’identifie parfaitement : «The best way to deal with problems in your entry is to be completely honest and open about who you are and why you’re there. In general, getting caught out being less than utterly honest online will get you eaten alive.» Et puis si quelque chose vous semble suspect dans l’oeuvre collaborative, pourquoi ne pas contacter les gens de la fondation qui se feront un plaisir de jeter un oeil averti…
Enfin, on peut facilement imaginer qu’un fonctionnaire du ministère de l’Éducation Nationale en France qui modifie une page de Wikipédia qui porte sur des sujets religieux sensibles possède des motivations qui ont peu à voir avec son employeur même si l’adresse IP pointe vers le ministère. Faudra rester prudent malgré tout…
En attendant, il y a quand même quelques perles à lire dans l’article du Wired qui a lancé «la nouvelle»… Pauvre CIA. Pauvre Diebold.
N.B. Ce billet est fortement motivé par une présence au Citoyen Numérique de demain…
Mise à jour du lendemain: WikiScanner fait des vagues jusqu’à la Ville de Montréal suite à une histoire déterrée par Tristan Péloquin. Radio-Canada en parle elle aussi. Dans une autre ordre d’idée, la réaction de Florence Devouard indique que la fondation Wikimédia est plutôt enthousiaste devant l’arrivée de l’engin de M. Griffith… Reste qu’on n’a pas fini d’en entendre parler!

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2 réponses à WikiScanner: un outil parmi tant d’autres pour jouer l’archéologue chez Wikipédia

  1. Avatar de niko niko dit :

    J’ai lu unbillet sur ce sujet sur Rue89 hier soir. Il parlait aussi de ce qui ce passait en France, ET de l’affaire Xavier Darcos.
    C’est pourquoi je ne comprend pas trop pourqoi vous dites cela :
    « Enfin, on peut facilement imaginer qu’un fonctionnaire du ministère de l’Éducation Nationale en France qui modifie une page de Wikipédia qui porte sur des sujets religieux sensibles possède des motivations qui ont peu à voir avec son employeur même si l’adresse IP pointe vers le ministère. Faudra rester prudent malgré tout… »
    Sans parler de la modification de l’article de wikipedia sur Xavier Darcos par un membre de l’education nationale ?
    Et si vous voulez d’autres exemple de ce genre de compartement par les personnes ou sociétés concernés par des articles, il y en a d’autre sur Rue89.

  2. Avatar de Mario Asselin Mario Asselin dit :

    L’exemple de la page sur Xavier Darcos rapporté par Rue89 (le lien vers l’article est dans le 3e paragraphe de mon billet) est un exemple qui «incrimine» le «mammouth» (nom affectueux donné par les Français à leur ministère de l’Éducation). J’apporte ce contre-exemple (celui sur les «sujets religieux sensibles») pour inciter à la prudence, pas pour nier que les perles rapportées soient des faussetés. Je m’explique…
    Il est bien possible qu’une personne fasse des modifications à partir de son lieu de travail sans que lesdites modifications soient commandées par son travail, mais plutôt par des «combats» plus personnels. Ce que je veux dire, c’est que les adresses IP ne sont pas le gage de toutes les vérités en matière de modification chez WP (ou ailleurs). L’utilisation de WikiScanner ne rend pas WP plus fiable. Au mieux, ça pourra prévenir «quelques spins jobs» (contourner des IP d’entreprises/institutions n’est pas si difficile!!!) ou faciliter la vérification de certaines entrées…
    N.B. Les gens à la recherche d’anecdotes savoureuses seront mieux servis sur ce billet du blogue de Wired; on peut voter pour les meilleures, en plus!

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