À propos de la «Farcebook» de l’Université Ryerson

Canoë en a parlé hier. Dominic Arpin en avait parlé samedi dernier. Mais c’est CBC News qui a sorti la nouvelle en milieu de semaine dernière…

«Un étudiant de l’Université de Ryerson, à Toronto, est accusé de tricherie pour avoir administré un groupe d’étude en chimie sur Facebook. Au total, 146 camarades de classe de Chris Avenir se sont joints au groupe. Ils y échangeaient des trucs et de l’information pour résoudre les questions posées dans leurs devoirs.»

On a parlé de «Farcebook» parce que la ligne qui sépare la tricherie de la simple collaboration est assez mince et dans ce cas-ci, elle n’aurait pas été traversée, s’il faut en croire les collègues de Chris Avenir qui affirment que «l’établissement devra se préparer à être confronté à la manifestation d’une « grande fureur » si jamais il était renvoyé.

Dans le billet de Doa, au commentaire #2, Philippe A. raconte qu’avant Facebook, il était possible de se servir des nouvelles technologies pour partager la tâche de se préparer à un examen basé sur des questions puisées à même une banque:

«Je me rappelle surtout du cours d’économie où le prof nous avait donné une liste de 30 questions à développement. Cinq d’entre elles seraient à l’examen. Nous nous les sommes toutes divisées. Chacun s’est retrouvé avec le meilleur guide d’étude «ever», en ayant seulement travaillé sur deux questions. C’était vraiment super.»

Et j’imagine facilement que plusieurs internautes pourraient raconter comment ils ont «collaboré» pour mieux faire face aux exigences d’un cours où était valorisé le fait d’apprendre par coeur de la matière et où la démonstration de sa grande mémoire pouvait grandement contribuer à sa réussite scolaire au détriment d’une certaine compréhension des enjeux du cours. Je veux dire qu’avec le développement des nouvelles technologies, le problème de la tricherie ne peut être traité isolément de la pertinence de certaines méthodes d’évaluation. Bien qu’il soit facile de trouver des «bonnes réponses» toutes faites sur Internet, il reste que la démonstration de ce qu’un étudiant a réellement intégré dans son parcours peut difficilement venir d’une hypothétique tricherie lorsque les stratégies d’évaluation font preuve d’un peu plus d’originalité.

Dans le cas de Chris Avenir, on saura bientôt si des sanctions seront prises. Pour ce qui est de Facebook, de Wikipédia ou des autres endroits où on peut partager «des savoirs», il faudra cesser de se mettre la tête dans le sable et de blâmer les outils collaboratifs. Autant un étudiant qui triche ne se rend pas vraiment service, autant une institution qui valorise des pratiques simplistes ne rend pas service à la valeur des diplômes qu’elle délivre. Les contenus circulent de plus en plus facilement, Facebook ou pas. Il faudra bien que ceux qui évaluent arrivent au 21e siècle avant 2015! Quant à eux, plusieurs étudiants prennent leur précaution et tiennent compte de ce qui arrive à Chris Avenir dans leur groupe d’études sur Facebook.

N.B. Je traiterai de cette question et je ferai référence à mon billet sur Facebook d’hier à l’émission «Citoyen Numérique» sur les ondes de CIBL ce jeudi entre 13 h et 14 h 30…

Mise à jour du 19 mars. La décision de l’université de Ryerson est tombée aujourd’hui: Chris Avenir évite l’expulsion. «Coupable d’inconduite universitaire», l’étudiant part avec zéro sur dix dans la colonne «devoirs du cours de chimie»…

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4 réponses à À propos de la «Farcebook» de l’Université Ryerson

  1. Avatar de JacquesCool JacquesCool dit :

    Bien dit, Mario, particulièrement ton commentaire au sujet de l’évaluation des apprentissages. D’ailleurs, les dirigeants de Ryerson devraient prendre 15 minutes et écouter la présentation de Georges Seimens (un universitaire du Manitoba), « A Wolrd Without Courses »…
    http://www.elearnspace.org/media/worldwithoutcourses/player.html
    Non mais, dans quel siècle vivent-ils??

  2. Avatar de LucPapineau LucPapineau dit :

    En cinquième secondaire, en français écrit, les élèves reçoivent un cahier de préparation comprenant plusieurs textes à lire dans le but de rédiger un texte argumentatif. Il y a donc une préparation pré-examen.
    Par les années passées, je sais que certains de mes élèves clavardaient follement à ce sujet les jours précédant l’examen. Certains sites ont même vu le jour. Est-ce du plagiat ou une utilisation intelligente des nouvelles technologies de l’information?
    Quand on veut éviter que les élèves échangent entre eux, on privilégie d’autres formules d’examens, il me semble.
    À première vue, la réaction de l’Université de Ryerson, à Toronto, est de la pure bêtise, quant à moi.

  3. Avatar de Mario Asselin Mario Asselin dit :

    Merci du lien Jacques; c’est du «Siemens» à son meilleur. J’ai bien aimé les diapos #12 et 13 où il est question de la valeur de la conversation et des «connexions»! J’aime bien la question posée dans la diapo #20, également…
    Parlant de lien… celui que tu suggères aujourd’hui sur ton blogue (http://zecool.blogspot.com/2008/03/un-clair-de-lucidit.html) à propos du cerveau est vraiment fort… Quelle présentation! 18 minutes de pur délice; merci du cadeau. «Who are we?»
    @ Luc: à surveiller, la décision de l’Université qui devrait venir dans quelques jours… pour voir jusqu’à quel point ils vont s’entêter!

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