Les avancées de nos pra-TICs

Je viens de terminer mes interventions «officielles» à l’APTICA et je prends quelques minutes pour poster un texte qui pourrait prétendre résumer le contenu de ce que j’avais à dire ce matin. Au moins, le visiteur qui était présent pourra retrouver les liens que j’ai évoqués. Quand on sort de ce genre d’exercice qu’est une conférence, plusieurs pensées nous traversent l’esprit. Ai-je répondu aux attentes? Ai-je réussi à susciter de l’enthousiasme?
Je suis en train d’écouter les réponses, sur place, à Moncton. On retrouvera donc sous l’hyperlien suivant le texte dont je parlais.


Être si près de la mer pour un gars de Québec, ça stimule… J’ai choisi ce mot «avancées» parce qu’à la pêche, une avancée est la partie qui termine la ligne, près de l’hameçon. C’est probablement ce qui permet de faire de bonnes prises. Évidemment, la métaphore s’arrête rapidement parce que les gens à convaincre que les nouvelles technologies sont de puissants leviers pour faire apprendre ne sont pas des poissons. Remarquez qu’à regarder avec quelle ardeur on travaille pour implanter les TIC dans les écoles, c’est peut-être comme à la pêche à certaines occasions… C’est le gars qui tient la canne à pêche qui est «p’tête» le plus poisson…
C’est avec un réel plaisir que je me retrouve à l’APTICA aujourd’hui. Cette version texte de mon allocution ne sera sûrement pas l’exacte copie de ce que j’aurai dit, mais elle devrait contenir tous les liens que j’ai mentionnés. À commencer par cette anecdote où je mentionne l’origine de la remise en question de la politique du «ni… ni…» dont on a entendu parler par l’ex Premier ministre Raffarin qu’elle serait modifiée. Vous savez cette histoire où M. Sarkozy viendrait dire cet été aux Québecois que la politique du «ni indifférence ni ingérence» est remplacée par autre chose. Je soupçonne que c’est une jeune fille de l’école de Roberto qui a provoqué cette remise en question lorsqu’elle a entonné le « Ô Canada  » à Autrans un soir de janvier, en 2007…
Depuis Gutenberg, (milieu du 15e siècle), nous savons que c’est la première fois qu’un changement aussi prenant survient dans le type de support par lequel les gens diffusent de l’information et transmettent des connaissances. Quelques auteurs racontent comment à cette époque également, on s’était montré très craintif face à cette possibilité que des êtres humains sans être en présence physique l’un de l’autre puissent apprendre. Imaginez… il devient possible par un objet (le livre en l’occurrence) de pouvoir accéder à de l’information. Les conséquences à prévoir étaient pour être terrible. Les gens ne se parleraient plus, les liens entre les humains étaient pour devenir accessoires, etc. On sait depuis ce temps que le livre n’a pas entraîné une telle fatalité, pas plus qu’Internet aujourd’hui, ne va le faire…
Une des personnes qui explique le mieux cette nouvelle donne apportée par l’arrivée massive des nouvelles technologies est le philosophe Michel Serres. Il faut voir (et entendre) cette conférence qu’il donnait récemment en France, «Les nouvelles technologies nous ont condamnés à devenir intelligent!» Non, Internet n’est pas nécessairement cette zone de non-droit qu’il compare à la Forêt de Sherwood, mais il y a de beaux parallèles à faire avec l’importance de mesurer l’impact de tous ces changements sur la société et nos rapports avec les savoirs.
J’ai parlé dans ma conférence d’un billet que j’avais écrit à propos des écoles Visions; voici le lien. Parce que j’ai écrit ce que j’y ai écrit, une requête dans les moteurs de recherches conduit souvent sur ce billet et tant que les dirigeants de ces écoles ne reprendront pas en main «le positionnement Internet» des informations sur leur école, les gens risquent de s’informer en partie par ce que contient ce billet.
Les usages des jeunes sur La Toile
Les jeunes sont de très grands utilisateurs des nouvelles technologies. Ils utilisent les TIC dans leurs rapports sociaux avec les autres et ils ont l’habitude de générer du contenu sur le Web… La division des sciences, de l’innovation et de l’information électronique de Statistique Canada faisait paraître récemment une étude sur l’utilisation d’Internet par les jeunes à des fins éducatives qui a été reprise dans un certain nombre de médias. Voici quelques conclusions dont il faut tenir compte quand vient le temps d’apprécier l’utilisation d’Internet par les jeunes:

  • «De 80% des étudiants nous sommes passés en 2007 à «à peu près tous les étudiants» en terme de ceux qui «ont utilisé Internet pour l’éducation, la formation ou le travail scolaire.»
  • La forme la plus répandue d’utilisation à des fins éducatives était la recherche d’informations pour des projets ou pour la résolution de problèmes. Les étudiants comprennent de moins en moins la logique de l’achat obligatoire de livres et de manuels scolaires alors qu’ils pourraient tout avoir sur le Net si leurs profs étaient un peu plus débrouillards…

Dans un excellent rapport soumis au Ministère de la Culture et des Communications en mars dernier, Luc Giroux (professeur au Département de communication de l’Université de Montréal) affirme qu’en matière d’usage d’Internet chez les jeunes, «c’est à la maison que ça se passe!» Les familles du Nouveau-Brunswick sont hautement branchées et les usages sont fréquents et diversifiés. Voici un extrait du rapport qui caractérise ces usages:

  • L’Internet des jeunes : avant tout une messagerie instantanée pour communiquer et socialiser;
  • Information et documentation, une seule formule: Google + Wikipédia;
  • La crédibilité du Web: un peu plus de prudence… Les jeunes interrogent davantage la qualité et le sérieux des sites qu’ils consultent quand ils utilisent Internet pour leurs travaux scolaires ou autre;
  • La blogosphère des adolescents: une extension des relations entre pairs;
  • Le téléchargement: conscience d’une éthique…mais élastique;
  • Le téléphone cellulaire: pas encore si populaire;
  • Les jeux vidéos: l’attirance des mondes virtuels;
  • Les jeunes sont favorables à un plus grand contrôle des contenus sur le Web… les jeunes font une utilisation plutôt sécuritaire d’Internet et qu’ils naviguent avec une certaine dose de discernement;
  • Des écoles hors jeu… Les jeunes font état d’une utilisation assez limitée d’Internet à leur école et ils établissent qu’elle se différencie surtout radicalement de la pratique qu’ils en font à la maison.

Bref, les jeunes sont de très grands utilisateurs des nouvelles technologies en général et d’Internet, en particulier. Leur environnement d’apprentissage individuel (VLE) est composé d’outils envers lesquels ils développent des rapports étroits et ils ne saisissent souvent pas très bien pourquoi les adultes les considèrent comme de vulgaires gadgets qui n’ont pas leur place en classe. On devra faire attention aux pièges qui consisteraient à moyen terme à créer deux sortes de cadres pour apprendre. Un à la maison composé d’outils sophistiqués et puissants avec lesquels je peux faire appel à ma communauté (en tant qu’élève) et un autre où le mot «filtre» devient le mot clé où ce qui est proposé passe par la capacité des enseignants à pouvoir contrôler, avant tout, indépendamment du fait que ça pourrait servir des apprentissages.

La «Google generation»
Soyons quand même clair: les jeunes se comportent trop souvent comme des sous-doués avec toute cette technologie, ne vous y trompez pas… Une étude britannique qui a porté sur le comportement des enfants nés à partir de 1993 nous en dit beaucoup sur ce sujet. L’objectif des chercheurs était de pouvoir aider les bibliothécaires à mieux comprendre comment les jeunes cherchent l’information dans un monde dominé par le numérique. En rafale, voici quelques données qui émanent de la recherche longitudinale «commandée», entre autres, par la Bibliothèque nationale du Royaume-Uni:

  • Sont-ils plus compétents que la génération d’avant à utiliser les nouvelles technologies? Oui.
  • Ont-ils de très grosses attentes envers les TIC? Tout probable.
  • Préfèrent-ils des plates-formes interactives et tournent-ils le dos au mode de la consommation passive? Vrai la plupart du temps.
  • Passent-ils vraiment du mode «oral» au mode «texte» dans leurs communications? C’est peut-être en train de se faire.
  • Sont-ils multitâches dans tous les aspects de leur vie? Ça reste à prouver.
  • Dans leurs expériences d’apprentissage à un niveau supérieur, espèrent-ils être «animés» («entertained»)? Ça augmente leur intérêt, mais rien ne prouve que ça augmente leur capacité de retenir ce qu’ils apprennent.
  • Préfèrent-ils le texte ou les images et le vidéo? Le multimédia certes, mais le texte demeure important.
  • Auraient-ils à ce point atteint la «tolérance zéro» aux délais avant d’obtenir ce qu’ils cherchent en matière d’information ? Aucune preuve de cela.
  • Feraient-ils davantage confiance à leurs pairs qu’à des figures d’autorité? Voilà un mythe… la réponse est «non».
  • Apprendraient-ils à utiliser les TIC par essais et erreurs? Un autre mythe… ils prennent connaissance des instructions davantage qu’on ne le pense.
  • Valoriseraient-ils l’information simpliste et facile «à digérer» par rapport aux textes substantiels? Pas du tout.

Un mot sur quelques pièges que les jeunes rencontrent
Il faut voir que les jeunes sont exposés très tôt aux technologies et surtout, sans beaucoup d’encadrement. «Ça se passe à la maison», j’écrivais plus haut… Il devient urgent qu’on sorte les ordinateurs des chambres à coucher pour que les jeunes naviguent en sachant qu’à tout instant un adulte peut passer par là. Il faut faire confiance aux jeunes… ils ont de bonnes valeurs, mais ils leur arrivent de paniquer en s’apercevant qu’ils n’ont pas fait ce qui aurait dû être fait et par peur de perdre l’accès (à l’ordi ou à Internet), ils vont parfois faire de mauvais choix par réflexe et s’isoler plutôt que de consulter un adulte. Il y a quand même de belles histoires dont certaines documentées… (voir plus d’info sur ce sujet, ici). Je prends par exemple celle-ci que je viens de lire sur le blogue d’un papa personne-ressource d’un Récit. Voici d’autres éléments qui entrent en jeu…

  • La «Google generation» passe rapidement d’une chose à l’autre sur Internet, consomme l’information à une vitesse d’enfer et est trop souvent incapable de s’assurer de la validité de ce qu’elle rencontre.
  • Les jeunes de cette génération seront devant vous bientôt, c’est la fatalité. Pendant le temps où vous êtes entre immigrants, je suggère que vous preniez le temps de vous approprier tous ces outils qui favoriseront la culture de réseau… de votre réseau!
  • Soit pour votre développement professionnel en premier et ensuite, pour influencer vos stratégies pour faire apprendre… il devient important de se donner un plan de formation au niveau des TIC.

«Digital natives/digital immigrants» (Lire cet article pour plus d’infos)
C’est quand même incroyable la façon dont Steve Jobs a réussi à ce que ses gadgets deviennent essentiel à la quête d’identité! Je m’explique…

  • Mark Prensky a décrit en 2001 le défi d’avoir à composer avec les natifs de l’Internet. Vous saviez qu’ils avaient maintenant quatorze ou quinze ans aujourd’hui les premiers à être nés avec la présence du Web, des ordinateurs portables, de la numérisation d’images et de vidéos, des blogues, des courriels, du clavardage et même des wikis qui sont là depuis qu’ils sont nés?
  • Et vous savez, quand on leur demande depuis combien de temps ces outils existent, ils vous regardent avec des yeux de poisson… l’air de dire «ça n’a pas toujours exister Internet?» Les étudiants en formation générale «jeunes», sur les bancs d’école, sont des natifs de l’Internet. Les gens qui leur enseignent, dans le meilleur des scénarios sont des immigrants de la fréquentation sur La Toile et les conséquences sont importantes: ils ont un accent quand ils s’expriment… détectable des natifs qui comme tous ceux qui parle la langue depuis la naissance et qui savent reconnaître qui vient d’apprendre à la parler.

MOSEP (More self esteem with my ePortfolio)
En ouverture d’un document de cette formidable initiative:

«Chaque petit geste posé consciemment dans le but d’apprendre exige de se laisser attirer par le vertige du risque de s’infliger un coup à l’estime qu’on se porte. C’est pourquoi les enfants en bas âge, avant qu’ils ne se rendent compte de leur propre importance, apprennent si facilement.»

Les principales opportunités qu’offrent les TIC: production de contenu et socialisation… comment font-ils? (La source des prochains constats est ici)

  • Les élèves intègrent de multiples connaissances et compétences, sans distinction.
  • Ils collaborent à l’exécution des tâches dans une souplesse qui déborde de l’organisation initiale.
  • Ils sont presque continuellement en situation de résolution de problème.
  • Leur créativité est débridée, au point d’inverser les rôles.
  • Ils travaillent sans relâche, du matin au soir, au point qu’il faille leur rappeler de manger.
  • Ils ont le plus grand souci du matériel prêté.
  • Ils affichent le plus grand respect dans leurs relations avec les gens.
  • Ils couvrent des sujets auxquels les professeurs n’auraient pas pensé.
  • Les seuls et rares problèmes de comportement sont nés d’un excès d’enthousiasme.
  • Leurs activités débordent des tâches prescrites.
  • Ils sont très méticuleux quant à la qualité du travail, notamment au regard de la qualité de la langue.
  • Leur curiosité est sans relâche.
  • Les rétroactions et la reconnaissance du milieu sont immédiates.
  • Les jeunes sont intégrés à la communauté plutôt que d’en être isolés.
  • La communauté est plus riche de réponses que peut en apporter une seule personne.

Le citoyen numérique

«En fait, nous sommes à l’aube d’une nouvelle citoyenneté: la citoyenneté numérique. Il s’agit sans nul doute d’un tsunami comportemental chez les consommateurs, lequel a un effet considérable sur le modèle d’affaires des agences de publicité. Les anciens modèles d’affaires classiques, où il fallait tout payer, sont périmés. C’est out, trop cher, trop lent pour les consommateurs d’aujourd’hui. Avec le Web 2.0, l’empowerment des citoyens est presque total. Ils ont le pouvoir de créer eux-mêmes les contenus, de les publier, de les diffuser, de les échanger comme ils veulent, quand ils le veulent, à qui ils veulent, sans filtre. Ils peuvent le faire sans payer un sou. Difficile à admettre, mais le citoyen numérique est en train de devenir tout aussi puissant que les grands médias eux-mêmes.»

(source: Yves Gougoux et Pascal Beucler, Révolution dans l’univers du marketing – «Le pouvoir du citoyen numérique»)

Les éducateurs au centre de la stratégie à mettre en oeuvre
Les TIC forment de précieux leviers pour faire apprendre, mais avant tout, ils sont des outils qui pourraient changer vos façons d’apprendre, à vous adultes, qui devez porter une grande attention à votre formation… d’adultes. Je plaide ici que votre meilleure stratégie pour faire apprendre est probablement, en commençant, celle qui vous permet d’apprendre VOUS. Pourquoi bloguer alors? Dans mon cas, c’est pour apprendre… il faut dire que cela a changé ma vie. Je suis parti de l’idée de vouloir m’administrer à moi-même cette médecine que je m’apprêtais à vouloir faire vivre à des jeunes. Je l’ai fait aussi pour améliorer mon français écrit. Presque six ans plus tard, je peux dire qu’en plus d’avoir affirmé mon identité numérique, je me connais mieux et j’ai appris à mieux connaître un paquet de collègues éducateurs que je n’aurais pas connu autrement, Roberto, Brigitte, Danis et plusieurs autres de la communauté de Clair dont cette jeune fille, Ashley, qui a écrit récemment un témoignage très prenant sur sa vie de jeune fille qui nous apprend qu’elle est en train de faire le deuil de sa mère… Je pense à Gary, à Bernard, à Nelson, à Jacques, à Luc Handfield, et plusieurs autres, sans parler des gens à venir!

Pourquoi faire bloguer?
Je considère qu’on peut identifier sept facteurs pouvant motiver l’utilisation de la pratique du cybercarnet en éducation…

  1. Cesser de réinventer la roue chacun de son côté. Prendre cinq/dix minutes pour aller voir si quelqu’un n’a pas essayé ce qu’on s’apprête à faire et prendre cinq/dix minutes pour objectiver ce qu’on vient de faire ou à tout le moins le partager au cas où ça pourrait aider quelqu’un d’autre qui a les mêmes préoccupations… C’est un bon moyen de construire une communauté d’apprenants.
  2. Apprendre à mettre en mots des ressenties, des émotions… déloger (les hommes et les femmes), se livrer sans être interrompu. Il y a aussi la reconnaissance sociale (The talk of the town), se centrer sur comment on fait les choses plutôt que seulement sur le résultat.
  3. Pour objectiver. Pour assurer son développement professionnel. J’ai découvert que ce je ne nomme pas je ne le transfert pas, en véritable apprentissage intégrer. Écrire n’est pas la seule façon de nommer, mais c’est un sapré bon moyen de le faire dans une perspective de laisser des traces. Et puis, il y a l’action des moteurs de recherche… Écrire pour être trouvé! 70/80% de mes visiteurs viennent suite à des recherches où ils me trouvent et viennent trouver chez nous, mais souvent, me redonnent aussi, renchérissent. Enfin, mentionner aussi l’anecdote des jeunes qui savent pourquoi il ne faut pas faire de faute dans les titres…
  4. Améliorer la qualité de sa communication, de sa maîtrise de la langue.
  5. Pour construire des liens avec des gens qui ont des intérêts en commun avec soi.
  6. Initier une démarche, entreprendre un projet. Dans le style «appel à tous». Dans le contexte d’une classe, d’une école et même d’un prof. Je pense à cette initiative d’une enseignante…
  7. S’affirmer, prendre sa place.

Quelques pièges
La perte d’inhibition est l’un des pièges de l’Internet. Le problème des délais dont nous sommes souvent complices en donnant tout trop vite à nos enfants et à nos élèves en est un autre. Enfin, la fausse impression de se trouver en sécurité par l’anonymat. Internet est un lieu public; il faut se le rappeler. Je ne devrais pas faire sur la Toile ce que je ne pourrais faire en plein milieu d’un centre Bell rempli à pleine capacité. Nous avons des responsabilités d’éducateurs face au comportement des jeunes sur Internet!

Je ne crois pas à l’anonymat…

Sur le sujet de l’encadrement des usages des jeunes et de l’impact sur l’identité virtuelle et au niveau de la responsabilité civile (droit à l’image, droit d’auteur, respect de la vie privée, atteinte à la réputation et diffamation), voir ce billet. Vaut-il mieux laisser les jeunes s’exposer aux pièges de l’Internet seuls dans leur chambre à coucher ou vivre à l’école certains pièges de l’Internet et avoir une certaine prise sur le comportement des jeunes? Depuis Gutenberg, rarement avait-on vu naître un moyen de diffuser de la connaissance aussi percutant.

  • L’arrivée d’Internet et des outils de collaboration marquent une étape importante en éducation.
  • Je vous invite à regarder de près les logiciels sociaux qui permettent l’interaction et facilitent la publication Web marquant ainsi une évolution importante dans les façons d’apprendre.
  • Je suis d’avis que le changement de paradigme qu’apporte l’utilisation massive des TIC par les jeunes ne remet pas le compteur à zéro, en ce sens que tout enseignant peut maintenant ajouter des stratégies plus ouvertes à celles qu’il privilégiait et se centrer sur ce qui fait apprendre plutôt que demeurer centrer sur son enseignement, ce qu’il doit considérer en certaines phases de son quotidien d’enseignant, je vous le concède.
  • Faire apprendre veut dire guider et enseigner de façon systématique, bien entendu…

L’enseignant d’aujourd’hui doit considérer qu’il fait apprendre de plus en plus à des gens qui seront bien différents de lui dans leur rapport aux savoirs. Tout bon maître d’école sait que devant lui dans une classe ou en formation à distance avec une cohorte, les gens n’apprennent pas tous les mêmes choses en même temps…

  • C’est en tout cas ce que j’ai découvert au fil de mon expérience et, entre autres, là où j’ai commencé l’utilisation des portfolios électroniques avec des jeunes élèves de la fin du primaire en 2003.
  • Efficacité de la publication Web au moment où le fait d’utiliser un ordinateur portable devait être Le Levier.
  • Dans les sports et la musique, un formateur sait qu’il doit faire en sorte que l’apprenant puisse se produire en public souvent pendant son cheminement. Les nombreux feedbacks qu’il reçoit à ce moment agissent comme de véritables catalyseurs d’apprentissage. Pourquoi en serait-il autrement quand il s’agit d’apprendre l’écriture? Écrire en public est une composante importante de l’apprentissage et les portfolios faits à partir de blogues sont de puissants leviers pour faire apprendre, dans ce sens.
  • J’utilise les blogues, les wikis et plusieurs logiciels sociaux (tels del.icio.us, Flick, You Tube, etc.) pour faire apprendre et je suis stupéfait des résultats récoltés. Actuellement chez Opossum, nous hébergeons plusieurs milliers de blogues et une trentaine de wikis qui favorisent la construction d’apprentissage dans plus d’une cinquantaine de projets institutionnels et ministériels.
  • Les cyberportfolios d’Opossum (des blogues aménagés en portfolios électroniques où on partage ses travaux, où on réfléchis à comment on les a construits et où on nomme les ressources sur lesquelles on peut compter) sont utilisés par plus de 50 écoles au Canada et en France. En plus de développer la culture de réseau, ces espaces publics permettent des apprentissages intégrés, ne serait-ce parce qu’ils permettent un vrai contexte de travail pour les étudiants. Imaginez: faire son travail pour la planète au lieu de le restreindre à son enseignant et à ses parents. Les grands-parents, les voisins, la communauté rapprochée et celle plus élargie agissent comme rétroacteurs et participent aux apprentissages des jeunes sans rien enlever aux enseignants ou à l’école. C’est ce genre d’outils que je vous invite à considérer autant pour votre développement professionnel que pour renouveler vos stratégies d’enseignement.
  • Mais pour que ces outils procurent le maximum de résultats, il faut accepter que 100% du savoir ne transitent pas par l’enseignant.
  • Il faut accepter la posture de celui qui n’a pas le monopole des connaissances.
  • L’enseignant et la communauté éducative doivent aussi accepter le principe de la gestion a posteriori de la publication Web; pas de goulot d’étranglement, les apprenants voient immédiatement le résultat de ce qu’ils publient et on gère la température avec l’aide de charte d’utilisation d’une langue de qualité et d’un code de déontologie socialement construit et accepté…
  • C’est l’interaction avec les différentes sources de savoirs (dont l’enseignant) qui procurent le levier si puissant pour intégrer les connaissances.
  • Et je ne parle pas du phénomène d’inversion de la tendance d’autrefois. Au lieu de tirer après les étudiants pour qu’ils daignent considérer ce que je veux leur faire apprendre comme enseignant, c’est eux qui «tirent» après moi pour apprendre ce qui leur est nécessaire pour obtenir un travail de qualité et être à la hauteur de l’identité numérique qu’il se donne par leur portfolio.

J’ai rencontré beaucoup adultes inspirés dans mon parcours de formation professionnel. C’est souvent leur coaching qui m’a le plus touché.

  • Vous savez cette façon de trouver la bonne distance à établir avec celui qui apprend, ni trop proche, ni trop loin…
  • Ma vision de coach: «Les enseignants doivent devenir les meilleurs apprenants de l’école». Parler du sondage qu’on a fait…
  • «Vous n’enseignez pas ce que vous savez, vous enseignez ce que vous êtes». Jean Jaurès, cité par Albert Jacquard.

Les temps changent… On apprend tout au long de sa vie, les jeunes le savent de plus en plus et nous le savons puisque nous l’expérimentons au jour le jour. Les étudiants abordent le temps de leur jeunesse avec la perspective d’en profiter pour apprendre sans pour autant se dire qu’à dix-huit ans ils sauront tout ce qu’ils devraient savoir. Il est heureux qu’ils soient de plus en plus convaincus qu’apprendre à apprendre est au moins aussi important et que les fruits de cette motivation à vouloir connaître ce qui va les nourrir pendant toute leur vie d’adulte. Il y aurait aujourd’hui plus de Chinois qui parlent anglais qu’aux U.S… Nous formons des jeunes à des emplois qui n’existent pas actuellement, d’où l’importance d’apprendre à apprendre!

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4 réponses à Les avancées de nos pra-TICs

  1. Avatar de DanielFerron DanielFerron dit :

    J’ai bien aimé votre conférence ce matin. Un peu d’humour, de la réflexion et surtout un appel à l’ouverture. Ce qui est dommage c’est que la plupart de personnes présentes sont déjà , si vous permettez d’utiliser le terme, des immigrants reçus de l’ère digitale par le seul fait qu’elles étaient à l’APTICA. J’espère qu’elles deviendront des amplificateurs pour votre message dans leurs régions respectives.
    Merci encore.

  2. Avatar de NelsonMagoon NelsonMagoon dit :

    Les chanceux qui ont pu vous écouter. Baigner dans votre optimisme sur l’effet amplificateur des TIC en éducation. Je remarque aussi que les TIC sont intégrateur dans le sens que les élèves dit  »doués », ou avec troubles ou problèmes d’apprentissage y trouve leur compte.
    Merci pour votre partage.

  3. Jean Trudeau dit :

    J’espère que cet éloquent plaidoyer de l’opossum en chef pour l’intégration des technologies de l’information et des communications en éducation saura faire bouger les dinosaures décideurs…

  4. Avatar de B.Long B.Long dit :

    Encore une fois Mario,ce fut un délice d’avoir la chance de pouvoir t’écouter lors de ta présentation, de tes discussions et de pouvoir parler avec toi. Ce que j’aime lorsque j’ai la possibilité de t’écouter est qu’après une rencontre, le tout ne se termine pas là pour moi. Ton message est toujours révélateur et me permet de mijoter tes propos pour les semines à venir. Tu as tellement à nous apprendre…même si je sais où tu veux nous amener, j’ai l’impression de découvrir et re-découvrir tant de nouvelles choses. Maintenant, pour mettre la cerise sur mon sundae du congrès, je me lance dans la lecture de Pourquoi bloguer. Merci encore et continue à être ce que tu es.

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