Pour un palmarès qui tient compte des facteurs clés de réussite scolaire

Les palmarès scolaires font relâche cette année, pourtant, il me semble qu’on n’en a jamais autant parlé que cette année. Moi-même, j’ai écrit ce billet plus tôt cette semaine qui touche à ce sujet. Le film Les enfants du palmarès, sera diffusé à Canal D, le 18 octobre à 19 h et le 19 octobre à 13 h. Il a beaucoup fait jaser… entre autres chez Dominique Poirier à la Première chaîne de Radio-Canada et sur ce billet d’un blogueur que je n’hyperlie pas souvent. À lire cet extrait qui cadre bien le ton du documentaire, on se demande comment Marie-Josée Cardinal (la réalisatrice du film) a bien pu faire pour se lancer avec son enfant dans une demande d’une place au privé au secondaire:

«Bientôt, des milliers d’enfants de 6e année passeront des examens dans l’espoir d’être admis dans une école privée. Véritable cauchemar pour les enfants et leurs parents, cette course aux meilleurs relève presque de l’ordre du traumatisme. Encore ébranlée par ce qu’elle et son fils Laurent ont vécu, la réalisatrice Marie-Josée Cardinal a décidé de faire un documentaire sur cette compétition qui n’est pas sans conséquence. Les enfants du palmarès présente des enfants habités par le stress, l’anxiété et la peur dans le désormais redoutable passage du primaire au secondaire. Pourquoi? Parce qu’ils veulent éviter l’école publique à tout prix!»

En trame de fond, le palmarès de L’actualité, dont j’ai déjà parlé à quelques reprises (2002, 2003, 2004, 2005 et 2006). Je n’aime pas ce palmarès. Je ne l’ai jamais aimé, même si je sais qu’il n’a pas que des défauts, surtout qu’il est le seul outil «grand public» à la disposition des parents pour s’aider à choisir une école pour leurs adolescents.

J’écris ce billet aujourd’hui pour souligner la parution d’un excellent texte de Pierrot Péladeau, spécialiste reconnu en évaluation sociale de systèmes d’informations sur les personnes, «Les dépendants du Palmarès»:

«Au départ, les créateurs du Palmarès déclaraient vouloir favoriser les bénéfices qu’apporteraient les mécanismes de marché et la concurrence pour le système scolaire. Cependant, après 10 ans, leur Palmarès demeure dans une position de monopole de fait pour la fourniture de statistiques comparatives destinées aux parents. Une situation contreproductive, notamment en regard de l’idéologie même des producteurs du Palmarès. Sans concurrence, les faiblesses du Palmarès ne peuvent apparaître clairement aux yeux des parents, ni ses auteurs être poussés à les corriger. Mais surtout, sa valeur en tant qu’outil de mesure du travail des écoles et d’aide à la décision parentale n’a pu être relativisée. Elle a même été mythifiée plutôt. Avec certains effets pervers dénoncés dans le documentaire de Marie-Josée Cardinal.»

C’est une des raisons pour laquelle j’écouterai le film de Mme Cardinal, même si j’ai des réserves par rapport à son biais «anti réseau privé»; ce ne sera pas la première fois que je m’intéresse à des oeuvres pamphlétaires s’annonçant pour donner dans la carricature…

Mais revenons au texte de Pierrot Péladeau. J’aime particulièrement son approche qui consiste à vouloir proposer une démarche, non seulement critiquer l’amas de «résultats par école [qui] ne parlent donc pas du travail des écoles», mais «des groupes d’élèves et d’enseignants», et qui répond «mal aux besoins des parents.» Voici comment il décrit l’outil nouveau genre qui permettrait «d’offrir un véritable soutien à la liberté de choix plutôt qu’une source d’angoisse»:

«Un guide destiné aux parents et enfants présenterait des particularités radicalement différentes. Fondé sur des facteurs avérés de réussite scolaire, il réunirait des indicateurs non seulement quantitatifs, mais aussi qualitatifs, qui proposent une véritable démarche de choix d’école. En fait, un guide grand public d’aide à la démarche de choix des parents ne viserait pas à déterminer la meilleure école dans l’abstrait, mais bien plutôt le programme d’étude le mieux adapté aux besoins et intérêts spécifiques de leur enfant. Ce guide expliciterait des facteurs clés de réussite que parents et enfants seraient invités à les considérer un à un, puis à les pondérer ensemble pour le choix d’une école. Ensuite seulement, il donnerait des indications par école (ou pointerait vers où sont ces indications sont disponibles).»

Est-ce qu’un groupe d’universitaires ou un autre groupe indépendant s’intéressera aux idées de Pierrot Péladeau? Je l’espère…

Mise à jour du 17 octobre: En attendant la diffusion du film de Mme Cardinal dimanche soir, on peut lire la critique de Nathalie Petrowski parue aujourd’hui dans La Presse.

Mise à jour du 18 octobre: Je viens de compléter le visionnement du film; j’ai écouté la première moitié «en direct» et l’autre partie, en fin de soirée, mon monde dans le salon avait déjà décroché après dix minutes et je ne pouvais pas leur en imposer davantage que 45 minutes. Compte tenu de l’ampleur de la pré-campagne médiatique du documentaire, je dirais que c’est un «non-événement»! À cette heure, normalement on vient d’écouter «Découverte», alors les documentaires, c’est dans notre palette! Les enfants dans ce document y sont lumineux, la narratrice offre un travail décevant et les parents sont plutôt pathétiques. Tant qu’à porter le titre «Les Enfants du palmarès», je me serais attendu à une franche dénonciation de celui-ci. De fait, le message est floue. Très floue. Je ne saurais dire quelle était l’intention de l’auteur. «L’école du plus fort, pas toujours la meilleure?» Heu… si c’était ça le message, je ne suis pas certain qu’il y ait ici une grosse découverte.

Ce contenu a été publié dans Je partage, avec comme mot(s)-clef(s) , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

6 réponses à Pour un palmarès qui tient compte des facteurs clés de réussite scolaire

  1. Avatar de MichelMonette MichelMonette dit :

    Les écoles privées sont à but non lucratif si je ne m’abuse. Il serait temps de cesser la distinction public-privé et de regrouper toutes les écoles dans de nouveaux réseaux basés sur la collaboration et l’assistance mutuelle. Ça demanderait d’abolir les commissions scolaires pour les remplacer par des structures régionales plus souples, relevant de gouvernements régionaux (un projet cher au PQ des premières années). Merci de ne pas me pincer pendant que je rêve ;-)

  2. Avatar de Mario Asselin Mario Asselin dit :

    La très grande majorité des écoles privées sont à but «non lucratif» Michel ;-)
    Mais il faut continuer de rêver… Les rêves sont souvent porteurs de grande vision!

  3. Avatar de MarcSt-Pierre MarcSt-Pierre dit :

    « un projet cher au PQ des premières années »
    Tout à fait exact. C’était dans le livre blanc de Camille Laurin : « Une école communautaire et responsable ». Et c’est sans doute ce que nous voudrions que toutes nos écoles deviennnent, communautaires et responsables, a fortiori les écoles privées. Qu’elles soient responsables, de la même façon que les autres établissements d’enseignement des communautés où elles sont implantées,du développement social et durable de ces communautés en développant les compétences des enfants et des citoyens de tous âges et de toutes conditions. On n’est pas là. À tout le moins pour la période de scolarité obligatoire, de 6 à 16 ans, aucun établissement d’enseignement subventionné, le fût-il à 60%, ne devrait pouvoir décider de ne pas développer les compétences d’une partie de la population du territoire qu’il dessert… C’est pas juste une question de palmarès cette histoire-là.

  4. Daniel Trottier dit :

    J’ai publié l’an dernier (27 octobre 2008) ce texte sur le site de Beaubois : LES ILLUSIONS DES PALMARÈS (http://www.collegebeaubois.qc.ca/nouvelles.php?nId=104). En voici un extrait :
    « Améliorer l’école ou stresser le monde?
    Cela fait des années que L’actualité, en publiant son palmarès, prétend vouloir contribuer à l’amélioration de notre système d’éducation.
    Mais on ne voit pas la moindre trace de ce noble objectif. Impossible de déceler le plus petit effet positif qui pourrait amener les médias à juger moins sévèrement le milieu de l’éducation au Québec. Et cela n’a pas empêché une école secondaire citée en exemple et portée aux nues par le magazine pour avoir mis en place un dispositif efficace favorisant la réussite, de replonger vers le fond du classement l’année suivante.
    En revanche, il est facile d’imaginer qu’en offrant une image tronquée de la réalité des écoles secondaires, on induit en erreur les parents et on accentue le phénomène de la course aux “meilleurs” établissements, avec tout ce que cela peut causer comme pressions additionnelles sur les épaules de leurs enfants au moment d’entrer au secondaire. Accessoirement, on stimule l’industrie du bachotage et on dope les ventes des cahiers d’exercices conçus pour préparer les jeunes candidats aux tests d’admission. »
    Je suis de ton avis, Mario, à propos de l’approche de Pierrot Péladeau.
    J’ai hâte aussi de voir le film de madame Cardinal, même si je subodore le détournement des responsabilités parentales vers les gros méchants établissements privés. Tu connais la dernière : « Je dirige une école privée de Montréal. Même la dame de mon GPS ne veut plus me parler ».

  5. Avatar de LucPapineau LucPapineau dit :

    Cette «dernière» est un bête plagiat de M. Letterman…

  6. Daniel Trottier dit :

    Heureux de l’apprendre. Je n’étais pas au courant. Alors changeons la chute : « Je dirige une école privée de Montréal et je suis convaincu de plagiat. Pourtant, M. Papineau daigne me répliquer. Il y a de l’espoir. »

Laisser un commentaire