iPad et éducation: un outil de consultation, très peu de production!

Sur les ondes de CIBL 101,5 FM à Montréal la semaine dernière, je participais à l’émission Citoyen Numérique à l’invitation de Michel Dumais pour discuter du nouvel ordinateur iPad de Apple et de son potentiel d’utilité en éducation. La conversation d’une douzaine de minutes nous a permis d’exprimer certaines déceptions, malgré le fait que nous prédisons un succès assuré à la dernière trouvaille de Steve Jobs.
Comme il l’écrivait judicieusement sur Branchez-vous.com, «comme outil de création adapté à l’enseignement, on repassera». Pas de port USB, aucune caméra Web intégrée, que la suite iWorks centrée «bureautique» pour produire du contenu et surtout, incapacité de travailler sur plusieurs applications simultanément, je crois vraiment que le iPad est avant tout un outil de consultation, très peu de production!
Sébastien Stasse qui est tout comme moi et Michel «un amoureux de la pomme», vise juste quand il décrit le public cible du nouvel ordinateur de Apple:

«L’iPad va s’adresser d’abord à ceux qui n’ont pas d’ordinateur ou qui en ont actuellement un et qui ne l’utilisent que pour prendre leurs courriels, surfer sur le web, et visionner des photos… je pense à ma mère, mon père pour qui les besoins informatiques se résument à peu de choses et pour qui un ordinateur portable n’est pas essentiel. Je pense aussi aux jeunes, qui utilisent majoritairement les réseaux sociaux et le web pour se divertir.»

Rapidement, la discussion a dérivé sur le XO du programme One Laptop Per Child dont l’agence de presse OLPC-News a rapidement publié un billet dans lequel on compare les deux «produits». On ne parle pas du tout de la même vision, alors il faut faire attention aux comparaisons. En rafale, voici ce que certains collègues ont raconté sur le iPad…

  • Francis Pisani: «L’iPad est suffisamment séduisant pour que j’aie envie d’en avoir un (plutôt dans ses versions futures), mais il n’est pas (encore) bouleversant. En pleine crise ils [les médias] mordent l’hameçon joliment tendu par Steve Jobs et nous laissent entendre que l’appareil est génial parce qu’il va permettre de faire payer l’accès aux sites d’information. Pas si simple.»
  • Serge Soudoplatoff: «L’iPad n’est pas un instrument de mobilité. C’est un livre ouvert, multimédia, connecté et donc au contenu illimité, qui trainera en plusieurs exemplaires partout dans la maison. On ne l’emportera pas avec nous, mais il deviendra le compagnon familier et familial, riche et convivial. Il fera un malheur !!!»
  • Frédéric Kaplan: «Les performances graphiques de cette machine ouvrent enfin la voie vers une interface pouvant rendre justice à leurs qualités visuelles. Il est certain que ces « iMags » ne resteront pas longtemps de simples adaptations des magazines papier. Imaginez un magazine de télévision dont les pages s’adaptent selon le jour et l’heure et qui permette par un simple « tap » sur un article de voir le programme correspondant sur son téléviseur.»
  • L’actu des eBooks: «Le « gros défaut » de l’iPad, en tout cas en ce qui concerne son offre d’ebooks, est qu’il n’utilise pas d’encre électronique. Pour ceux qui ne connaîtraient pas, l’encre électronique est une technologie qui n’utilise pas de rétro-éclairage et donne l’ impression de lire comme sur une feuille de papier.»
  • Rafi Haladjian: «Oui, l’iPad n’est jamais qu’un iPhone maxi ; non, l’iPad ne fait pas de multitasking ; non, il ne tourne pas sous Mac OS mais sous iPhone OS ; oui, il n’a qu’un pauvre clavier virtuel de merde. Mais ce sont précisément tous ces choix qui font de l’apparition de l’iPad un évènement majeur : l’iPad inaugure la fin officielle de l’Informatique pour introduire vraiment la vie numérique.»

L’outil idéal en éducation? Il n’existe pas encore… Mais il sera beaucoup plus polyvalent que ne l’est le iPad, il favorisera bien davantage la production que la consultation, il sera muni d’une batterie procurant encore plus d’autonomie (même si dix heures, c’est déjà bien), il permettra la programmation et l’interopérabilité sera un de ses atouts. L’accès au iBook Store de Apple? Je ne crois pas que le iPad sera au livre ce que le iPod a été au disque…

Michel a quand même raison d’affirmer que «à terme, malgré toutes les critiques que l’on a pu entendre lors de son lancement, le iPad est appelé à connaître le succès escompté par son créateur!»

Mise à jour du 11 mai: ReadWriteWeb France pose la question «L’iPad est-il prêt pour aller à l’école ?» La réponse: «L’iPad est une machine complémentaire idéale, mais pas une alternative à un portable».

Mise à jour du 20 juin: J’ai enregistré une causerie avec Christophe Batier sur le sujet récemment… À prendre avec un grain de sel.

Mise à jour du 24 juin: J’ai accordé une entrevue au journaliste Michel Dumais dans le contexte d’un article pour la revue Forces. Ça donne un papier assez complet où sont aussi rapportés les propos de Bernard Descôteaux du Devoir, de Gilles Herman et de Véronique Marino: «Le iPad, sauveur de la presse écrite ?».

Mise à jour du 27 juillet: Le point de vue de François Guité, «iPad à l’école : avantages et inconvénients».

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4 réponses à iPad et éducation: un outil de consultation, très peu de production!

  1. Avatar de GaelPLANTIN GaelPLANTIN dit :

    L’outil idéal en éducation : puis-je vous renvoyer à la lecture de La stratégie Ender d’Orson Scott Card pour y découvrir Ender qui communique via un implant avec Jane, une Intelligence Artificielle émergeant des réseaux existants ?
    ;o)

  2. Bonjour Mario,
    Sans trouver absolument le iPad génial, je pense contrairement à toi que le concept de l’iPad dispose d’un très fort potentiel en milieu éducatif.
    Ton point de vue serait absolument correct si c’était la conception de l’open source (et de la créativité) qui soit attendu du monde de l’éducation au sens large (autorités, éditeurs, enseignants…). Or, il n’en est (malheureusement) rien. En ce sens, l’iPad ne peut que rassurer la grande majorité des personnes du monde de l’éducation.
    D’autre part, il permettra certaines formes de production par exemple via Evernote, Mindmeister, iThoughts, DocsToGo ou Google Docs par exemple. Il est une préfiguration de l’éducation dans les nuages, mâtiné de produits réalisés par des éditeurs scolaires qui proposeront des manuels numériques adaptés à ce type d’outils (y compris avec une version prof et une version élève). Un exemple possible: http://bit.ly/ajR58u
    A suivre…

  3. Salut Mario,
    Je suis tout à fait en ligne avec l’argumentaire de Lyonel.
    En effet : quel est l’intérêt d’avoir de l’USB quand on a du wifi qui permet d’échanger des données de toutes natures.
    Pour ce qui est de la video : ne vaut t’il mieux pas de petites caméra à 150 $ qui seront plus facile à manipuler et moins couteuses si on les casse et qui pourront pour le même prix proposer 3 ou 4 caméras ?
    Pour ce qui est de l’interface, elle sera réellement nouvelle pour consulter un tas de médias embarqués (video, manuels, magazine, livres d’éditeurs ou produits par les élèves les profs ou les classes) et également des médias en ligne très intégrés (j’aime l’idée de Frédéric qui transposée au livre d’écolier permettrait d’avoir des videos, des cartes ou des graphiques animés sur un simple « tap »).
    Mais il y a aussi toutes les applications existantes pour iPhone qui permettent de produire et qui seront sans doute améliorées pour tenir compte de la surface disponible :
    - applications de dessin (y compris collaboratives)
    - applications d’écriture dans les blogs
    - applications de traitement de texte qui pourraient devenir « sociale » comme Etherpad
    - application de cartes mentales en mode partagé
    - application de tableau blanc partagé
    - les calculettes et les traceurs
    - prise en main via application de type VNC
    A mon avis nul besoin d’attendre la suite iWork sur iPad pour avoir tout le nécessaire sous la main.
    Et bien sur il faudra compter sur les applications web ! Il y en a déjà des milliers très utiles. Je pense en particulier à une qui m’est chère pour gérer des bureaux virtuels en ligne et rendre à l’iPad la gestion des arborescences de fichiers, les applications bureatiques en ajax, les outils de communication synchrone et asynchrone, etc…
    Les élèves pourraient même retrouver chez eux le même environnement sur le PC ou le Mac de la famille même s’ils n’utilisent l’iPad à l’école seulement.
    Bref plutôt que de ronchonner avec ceux qui regrettent le manque de tel ou tel composant qui en ferait l’outil mythique et idéal sur le papier, je ferai comme d’habitude : me satisfaire de l’outil tel qu’il est disponible pour imaginer le plus de détournement possible et réaliser des projets passionnants avec les élèves :-) Je ne manque pas d’idées, seulement un peu de patience d’ici la fin mars.
    Au passage, tout ce qui est dit ci dessus reste valable également pour les futures tablettes sous Linux ou Windows :-)

  4. Avatar de PSTAFF PSTAFF dit :

    L’iPad est une machine complémentaire idéale, mais pas une alternative à un portable ?
    mais que fait donc de plus un portable que ne fait pas l’Ipad ( muni de iWorks) ?

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