Épreuve uniforme de français en 5e secondaire

Demain, c’est jour d’examen pour tous les jeunes de cinquième secondaire au Québec. La Presse titre ce matin «La pédale douce pour les enfants de la réforme». En gros, l’examen de demain serait jugé plus «facile» à passer:

«Faire valoir ses idées, ça ne veut pas dire argumenter, juge Suzanne Chartrand, professeure de didactique du français à l’Université Laval. Argumenter est beaucoup plus complexe que de simplement donner son opinion et se justifier.»

Suzanne Richard (présidente de l’Association des professeurs de français du Québec) n’est pas d’accord avec ce point de vue. Elle l’exprime clairement dans cette entrevue à Radio-Canada.

Mon point de vue?

Cette idée des «premiers élèves issus de la réforme» est une vue de l’esprit. C’est un concept creux et sans signification. Je veux bien croire que «chronologiquement», ces jeunes étaient en première année du primaire au moment où le nouveau programme de formation a commencé à être «enseigné», mais je suis assez convaincu que cette cohorte n’a pas appris de façon bien différente des autres qui ont précédé. Ils n’ont pas appris «de contenu» bien différent des autres non plus. Aussi, si les jeunes réussissaient mieux demain, il n’y aurait aucune conclusion à tirer sur «l’apport réforme» de ces résultats. Par contre, je suis sceptique sur le fait que ce soit aussi facile de prouver qu’on argumente bien à partir d’une lettre ouverte que par l’entremise d’un texte argumentatif étoffé. Bon point pour Mme Chartrand.

Peut-on affirmer (comme l’écrit le prof masqué) «qu’un texte plus facile à écrire aura inévitablement comme effet de leur permettre d’avoir plus de temps et d’énergie pour corriger leurs erreurs» ? Peut-être. Mais encore… N’est-ce pas une bonne chose sur ce seul critère du respect de la langue ?

Est-ce à dire qu’il faut y voir «un complot» pour «nous empêcher de faire une véritable évaluation de la réforme», comme l’affirme Mme Chartrand, ardente sceptique depuis le début du nouveau programme de français ? «Évaluer» les effets qu’auraient eu ou pas cette réforme suppose qu’il y a eu constance dans l’application de certains changements. «You bet ma chouette»… D’ailleurs, j’en profite pour dire aux amateurs de la théorie du complot que Mme Richard n’a jamais été reconnue comme une ardente «pro-réforme»… Mais bon.

L’épreuve uniforme de français de demain a pour but d’évaluer les acquis de tous les élèves de cinquième secondaire. S’il s’avérait que les résultats soient meilleurs ou pires que les années passées, je serais bien embêté de nommer laquelle parmi les variables a pu jouer le plus.

À moins que ce soit cette initiative de partage sur Facebook (plus de 8 260 jeunes membres à 23 h ce 5 mai) qui en soit la cause ?

Mise à jour du lendemain: Un billet chez Missmath et deux textes ce matin qui touchent ce sujet: «Premier grand test des enfants de la réforme» et La réussite bidon (bis)». Pas certain que ces deux derniers textes nous apprennent des choses différentes de ce qu’on savait déjà.

Mise à jour du 8 mai: Un étudiant du secondaire ne semble pas trop désarçonné par ce débat; il nous offre une très belle lettre ouverte, «De l’écriture à numéro».

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7 réponses à Épreuve uniforme de français en 5e secondaire

  1. Avatar de LucPapineau LucPapineau dit :

    M. Asselin,
    Comme l’ont mentionné de nombreux intervenants, lors de cet examen, le texte sera plus facile à écrire. Les élèves auront moins de temps à y consacrer et pourront théoriquement avoir plus de temps pour se corriger.
    Ils pourraient même, semble-t-il, ne pas faire référence à leur recueil de textes et indiquer les sources de leurs preuves. Bref, ils pourront écrire n’importe quoi! J’ai déjà vécu l’époque ou l’on pouvait inventer un peu créativement et on s’amusait follement! Même qu’on pouvait presque écrire le texte à l’avance! La formule avait d’ailleurs été changée pour être plus rigoureuse.
    De plus, côté contenu, des profs qui ont assisté à des formations du MELS en sont ressortis avec l’impression que les attentes quant au contenu du texte seront moindres avec cette nouvelle formule.
    Pour ma part, je trouve embêtant qu’on modifie pour la rendre plus facile une formule d’examen qui aurait pu être un indicateur assez fiable de la maitrise du français par les jeunes justement alors que les élèves ayant connu la réforme arrivent à la fin de leur secondaire. Drôle de hasard?
    Quant à moi, il est évident que les élèves de la réforme ont un moins grand contenu notionnel qu’auparavant et qu’ils maitrisent ainsi moins la compétence d’écrire dans un texte en respectant les normes du français. La pédagogie par projet, les expérimentations pédagogiques qu’ils ont connues ont pris du temps, monopolisé des énergies. Elles n’ont pas atteint l’objectif de permettre aux élèves de transférer ou investir leurs connaissances dans une compétence.
    Par ailleurs, quand vous affirmez que Mme Richard ne peut çetre associée aux pro-réformes, je serais bien curieux de savoir sur quoi vous vous basez. Récemment, l’AQPF a pris une position qui semble montrer le contraire. Je tenterai de retrouver ce document si vous l’estimez nécessaire.

  2. Avatar de LucPapineau LucPapineau dit :

    En passant, je suis très fier de nos jeunes qui utilisent FaceBook pour partager leurs informations. Ça fait des années que je dis que cet examen est un groupe travail de groupe ou quelqu’un qui ne sait pas trouver des arguments et comprendre les textes du recueil peut demander l’aide d’un peu tout le monde…

  3. Avatar de MarcSt-Pierre MarcSt-Pierre dit :

    La réponse aux questions que tout le monde se pose réside peut-être dans le résultat obtenu aux épreuves de juin 2008 qui n’ont pas encore été publiées par le MELS non plus que ceux de 2009. Dans les deux cas, la publication est prévue en mai… La réussite de cette épreuve est obligatoire pour obtenir le DES. Aucune commission scolaire ne peut avoir plus de diplômés que d’élèves qui ont réussi l’épreuve de français. On appelle ça un enjeu critique. Et plus un enjeu d’évaluation est critique, plus la mesure risque d’être corrompue par l’enjeu. Avec ou sans réforme. C’es le meilleur exemple qu’on puisse donner d’un système qui s’autorégule. C’est quelque chose d’extrêmement prévisible, pour peu qu’on se donne un peu d’altitude et qu’on sorte des ornières. Ça a rien à voir avec les réformes.

  4. Paul C. dit :

    Suzanne Richard:
    « …dans cette lettre ouverte, ils doivent prendre position donc, étayer une thèse. »
    Sans commentaire!
    Mario Asselin:
    « S’il s’avérait que les résultats soient meilleurs ou pires que les années passées, je serais bien embêté de nommer laquelle parmi les variables a pu jouer le plus. »
    Précisément ce qui est reproché au processus!

  5. Avatar de HeleneDufour HeleneDufour dit :

    Je n’arrive toujours pas à savoir si c’est mieux ou pas ce changement de formule pour l’épreuve uniforme de français mais je suis absolument estomaquée par cette page facebook dont vous parliez! Wow! L’entraide, le partage d’idées, la collaboration et même l’apprentissage étaient présents. Sur les forums, un jeune homme demande la différence entre bénévolat et engagement, et une jeune fille lui répond de manière assez détaillée sur la différence qu’elle y voit… wow!

  6. J’ai exprimé chez moi pour ne pas embêter les autres mon opinion sur la question et je suis tout à fait d’accord avec Madame Richard, sinon il faudra s’interroger sur les tests de rédaction qu’on administre aux futurs enseignants qui ne requièrent aucune préparation ni l’exigence de préciser des sources pour démontrer la capacité d’argumenter ou d’étayer une thèse, selon la formule qu’on préfère.
    Pour ma part, la formule de l’examen avec une préparation permise, avec toutes les dérives qu’elle comporte, est à la source de notre incapacité d’avoir un réel portrait de la situation. Il est grand temps de la revoir. Si c’est le cas, il faudra certes revoir les critères de correction.

  7. Avatar de matar matar dit :

    Quelqu’un a une idée c’est quoi la question ?

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