Gamification, ludification et éducation…

Mes copains Carl-Frédéric De Celles et Michael Carpentier étaient invités à la radio hier matin pour discuter de l’événement South by southwest (SXSW) qui avait lieu la semaine dernière à Austin au Texas. Tout comme Nathalie Collard de La Presse, ils ont été frappés par le sujet de la gamification, qu’on pourrait aussi traduire par «ludification».

«La gamification (Wikipédia, que certains traduisent par “ludification”), c’est l’idée que les règles et techniques de jeux peuvent être transférées dans d’autres domaines.» (source)

Dans le cadre de la préparation de deux articles parus hier sur Cyberpresse (1 2), je discutais avec Mme Collard de ce phénomène appliqué à l’éducation. J’ai expliqué à la journaliste que le cadre scolaire n’était pas très accueillant au domaine du jeu en général, même si pour les enfants, jouer est tout à fait naturel. J’ai toujours été jaloux du niveau d’attention des élèves en contexte de jeu; quand on compare avec les situations d’apprentissage qu’on leur propose, aucune ne les captive autant que le jeu. Dès mes premières lectures sur le sujet, j’ai été fasciné par la capacité des environnements ludiques à motiver, à aider les jeunes à apprendre comment résoudre des problèmes et aussi, comment ils peuvent donner accès à la culture. Dans une récente rencontre avec Julian Alvarez, je prenais davantage conscience que pour fournir un cadre propice aux apprentissages, l’intention de faire apprendre doit être claire lorsqu’on utilise le jeu. Pourtant, l’école reste imperméable à cette possibilité de «faire jouer» pour apprendre, exception faite de la maternelle, peut-être. Mme Collard a bien résumé ma pensée sur une hypothèse expliquant pourquoi l’école reste frileuse face aux possibilités qu’offrent le jeu:

«Peut-être est-ce notre vieux fond judéo-chrétien, mais apprendre doit être souffrant, et le ludique est automatiquement suspect. Nos problèmes de décrochage sont pourtant l’occasion de remettre en question nos approches.» (source)

Les nombreuses expériences menées hors du contexte scolaire nous fourniront peut-être de bons prétextes pour cheminer sur les possibilités du jeu, mais à court terme, plusieurs autres secteurs profiteront du phénomène de la ludification, avant le milieu de l’éducation.

Pourtant, il y aurait beaucoup à faire, avec les garçons en particulier…

 

N.B. Merci à Serge Goyette pour la trouvaille de cette vidéo.

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2 réponses à Gamification, ludification et éducation…

  1. Avatar de Plotin Plotin dit :

    Bonjour Mario,
    Là, vous rejoignez le point central de notre étude sur l’échec des garçons parue en 2000 au Collège Lionel-Groulx. J’ai écrit plusieurs articles sur le sujet qui ont été publiés un peu partout, à La Presse et au Devoir, entre autres. On retrouve ces articles sur mon site Internet.
    Lorsque nous avons lancé le cahier littéraire du Devoir en 1987, nous l’avions justement appelé : Le PLAISIR des livres. J’ai expérimenté plus d’une soixantaine de stratégies d’apprentissage centrées sur l’aspect ludique de l’enseignement. Nous avons publié un recueil de ces jeux pédagogiques au Collège Lionel-Groulx sous le titre Manuel d’activités d’apprentissage.
    Bref, c’est la voie de l’avenir en enseignement, même au niveau collégial. Les gars accrochent lorsqu’on leur lance des défis amusants. Une dictée en forme de tribunal, par exemple, ça fonctionne et les gars en redemandent.

  2. Luc Papineau dit :

    Depuis que j’enseigne en première secondaire, je constate que les jeunes aiment les profs amusants (tout comme en cinquième), mais qu’ils ne sont pas blasés, qu’ils aiment jouer, qu’ils aiment les défis, qu’on aille les chercher en misant sur leur orgueil, le défi, leur compétitivité.
    Une anecdote: quand j’ai besoin que les élèves s’asseoient en moins de deux secondes, je dis: «Le dernier assis a perdu.» Et c’est fait.
    Il faut cependant faire attention que le jeu ne prenne pas le dessus sur les apprentissages à réaliser.

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