#CharlieHebdo: L’intimidation des intégristes religieux

Note : Ce billet été publié plus tôt, aujourd’hui, au Journal de Québec et au Journal de Montréal dans la section « blogue ».

Le puissant témoignage de Jeannette Bougrab a fini par me convaincre de réfléchir à l’idée de devenir un peu plus Charlie.

La journée d’aujourd’hui a été spéciale, même si je vis à des milliers de kilomètres de là où le drame est survenu. La colère et la stupéfaction des Français m’ont rejoint, depuis hier, et elles me touchent. Beaucoup plus que je ne veux me l’avouer. Je fais un peu exprès pour qu’elles continuent de m’habiter puisque je consulte beaucoup de médias qui rapportent des caricatures, des témoignages ou des textes qui tentent de cerner ce qui se passe avec la France pour que des gens soient exécutés en plein Paris pour des dessins qu’ils publient.

La chasse à l’homme (aux trois fugitifs) que la tuerie a déclenchée ne m’attire pas. Elle devrait peut-être, mais pour une raison que j’ignore, je ne suis pas tenté de la suivre.

Ce qui me turlupine est ailleurs, dans les témoignages de ceux qui fournissent quelques explications sur le contexte dans lequel tout cela est survenu. L’état dans lequel tout cela nous laisse est dérangeant et j’aime bien en profiter pour réfléchir sur les combats qu’il faudra mener pour la suite des événements, ici au Québec.

Poursuivant ma quête d’informations de première main, je viens d’écouter et de visionner le puissant témoignage de Jeannette Bougrab, la compagne de Stéphane Charbonnier (Charb, assassiné hier avec ses camarades du « Charlie Hebdo ») qui avec une dignité et une éloquence qui l’honore parle de celui qu’elle aime et des Français «qui ont été bien peu à le défendre», dit-elle.

Dans un passage où elle apporte un éclairage unique, elle affirme que Charb s’apprêtait à sortir un livre pour déconstruire les accusations d’islamophobe et de raciste qui pesaient sur lui et «sa communauté» qui défendaient avec vigueur la laïcité. Ajoutant « qu’il était prêt à mourir pour ses idées », debout, elle décrit les circonstances de la vie de ces « Charlie Hebdo » qui avaient choisi la provocation pour lutter contre l’intimidation des intégristes religieux.

Provocation que je suis incapable de juger, parce qu’elle se manifestait dans un contexte de liberté d’expression et de presse. Non seulement avaient-ils le droit d’agir ainsi, mais ça m’apparaît aussi comme une sorte de devoir quand on est à ce point menacé pour des dessins. Pas des dessins ordinaires, me dira-t-on, mais des dessins quand même.

Les convictions religieuses des intégristes qui menacent – plus que jamais – nos valeurs méritent cette façon de lutter pour une vie démocratique pleine et assumée dans nos sociétés occidentales.

Je ne sais pas si tous les #JesuisCharlie qui se lèvent depuis hier en sont dignes, moi je participe bêtement et je sens bien qu’une partie de mon inconfort vient de là.

C’est que devant l’intimidation, je ne choisis ni ne conseille personnellement, la provocation, habituellement.

Je conçois bien que pour habituer des obstinés au désaccord, la moquerie est un précieux allié. Mais là, on a à composer avec des fous furieux. Ici et là-bas en France, il y a de ces fous de Dieu qui sont prêts à tuer pour prouver leur point, en pensant venger froidement leur prophète.

Il semble que les frères Kouachi (parmi les suspects de la tuerie) étaient fichés comme terroristes. On leur avait interdits de prendre l’avion, depuis des années.

Ces terroristes, intégristes religieux, intimident comme d’autres le font actuellement, ici et ailleurs.

Quelles réponses devons-nous donner à ces individus, à ce mouvement, pour pouvoir continuer de vivre en paix, animés par nos valeurs, avec l’objectif de les transmettre à nos enfants ?

Si j’étais provocateur, je serais tenté de relancer les récents débats sur la charte que les péquistes ont utilisé pour faire du « wedge politics ». Je dois ici écrire que je travaillais à l’Aile parlementaire du deuxième groupe d’opposition (CAQ) pendant cette « glorieuse » période de notre histoire et j’ai encore une grosse crotte sur le coeur que les compromis que nous proposions n’aient pu permettre que nous adoptions une loi pour encadrer les accommodements acceptables et mieux affirmer le caractère laïque de notre Québec.

Est-ce que cela serait suffisant pour contrer l’intimidation des intégristes religieux ?

Je ne sais pas. Je ne crois pas. Ce soir.

Reste que ces événements en France pourraient réussir à augmenter ce sentiment de se sentir intimidé au Québec. Reste que je n’ai perçu ces derniers jours aucun signe chez Philippe Couillard ou Stephen Harper qu’ils étaient pour proposer quelques réponses (législatives ou autres) à ce questionnement légitime. En cela, mon opinion rejoint celle de Vincent Marissal, «le réflexe des libéraux de pousser ce problème sous le tapis depuis des années ne le fera pas disparaître».

Je sais, je suis provoquant.

On me permettra peut-être d’être indigné, ce soir, devant autant d’horreur et d’incompréhension.

J’espère que ça va me passer. Sincèrement. C’est que ces derniers jours ne me donne pas l’envie de me taire devant la fronde de ceux qui veulent nous faire peur.

Autant je n’ai pas le réflexe de jeter la religion avec l’eau du bain, autant je ne souhaite pas laisser le moindre doute sur l’espace que je suis prêt à accorder aux intégristes religieux.

Je ne suis pas Charlie, mais je suis ce soir bien tenté de le devenir…

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