Le clavardage n’est pas une menace

Note : Une autre version de ce billet a d’abord été publié sous forme de chronique Journal de Québec et au Journal de Montréal dans la section « blogue » et dans l’édition papier de chaque quotidien.

Une recherche réalisée en 2011 avec la participation de 158 élèves du premier cycle du secondaire démontre que le clavardage n’a pas d’influence défavorable sur la maîtrise du français écrit des élèves. Plusieurs autres résultats d’études vont dans le même sens. Les « textos » avec lesquels communiquent nos enfants et nos adolescents ne sont donc pas à craindre pour leur avenir…

Autant la messagerie instantanée (aussi appelée « chat ») est abondamment utilisée par les jeunes, autant elle est l’objet de beaucoup de sarcasmes chez les adultes. Il faut comprendre le désarroi de ceux qui voient passer des messages comme « C xlt pr dm1, suis tro happy pr le 6né » (C’est excellent pour demain, je suis trop heureuse pour le cinéma), sans les comprendre. Au-delà des traducteurs (qui existent sur Internet), plusieurs se disent que cette façon de communiquer doit avoir des conséquences sur la qualité de la langue.

Il semble bien que ce ne soient que des préjugés.

La recherche citée plus haut menée par une étudiante à la maîtrise en éducation à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) arrive aux mêmes résultats que plusieurs autres (voir ce billet). Dans son mémoire, Marie-Ève Gonthier arrive à la conclusion que «l’essor de ce nouveau mode de communication n’est pas à craindre».

Est-ce à dire qu’un parent ou un enseignant ne pourrait pas se servir des occasions d’écriture que représentent les courriels, les messages textes ou le contenu généré sur des médias sociaux tels Twitter ou Facebook pour exiger un plus grand respect de la langue ?

Pourquoi pas.

La première raison étant que nous (parents ou enseignants) ne comprenons rien (ou presque) dans ce charabia. Aussi, je me dis qu’il faut saisir toutes les occasions possibles pour apprendre à bien écrire.

Cependant, les résultats de recherche devraient nous convaincre de cesser d’être inquiets devant l’ampleur et la variété des usages de cette forme de communication qui consiste à utiliser des textes (ou « SMS »).

Dans une conférence à Lyon en octobre 2011, Conrad Ouellon (président du Conseil supérieur de la langue française) avait assez bien résumé la situation…

«Cette spontanéité de l’écriture a recours à un niveau de langue écrite différent de la norme que la société actuelle attend et valorise par rapport à l’écrit. Est-ce vraiment un drame, une cause de l’affaiblissement de la qualité de la langue écrite ? On parlait pourtant d’un apprentissage déficient de l’écriture bien avant l’utilisation du clavardage (ou chat, dialogue en ligne). De la même façon qu’on reconnaît des niveaux de langue à l’oral, ne pourrait-on pas le faire à l’écrit ? Le fait de stigmatiser le français du clavardage n’est pas utile à l’amélioration de la qualité des productions écrites, pas plus que la stigmatisation des niveaux de langue populaires. Il faut plutôt asseoir l’acte d’écrire sur la représentation de l’écriture chez les jeunes.»

Il faut poursuivre la recherche. Les conséquences de l’écriture instantanée ne sont sûrement pas, à plus long terme, bien circonscrites.

Reconnaissons tout de même l’apport des étudiants-chercheurs qui contribuent à combattre certains de nos préjugés.

N.B. Marie-Eve Gonthier est l’une des trois lauréats de janvier du concours Étudiants-chercheurs étoiles des Fonds de recherche du Québec.

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