Paul Gérin-Lajoie a ouvert une porte au Premier ministre

Note : Ce billet a d’abord été publié au Journal de Québec et au Journal de Montréal dans la section « blogue ».

L’évènement Forum des idées pour le Québec vient de se terminer. J’ai écrit dans un récent billet au Journal une déclaration d’intérêt à l’effet que j’ai participé bénévolement à l’organisation de cet évènement où j’ai agi comme président de séance et intervenant dans quelques panels. Je me suis ouvertement affiché à titre de militant de la Coalition avenir Québec même si le Forum était organisé par le Parti libéral. Les débats de cette fin de semaine ne se voulant pas partisan, j’y ai trouvé un espace pour s’exprimer tout au long de la fin de semaine.

À plusieurs reprises du vendredi au dimanche, le premier ministre de l’Éducation du Québec Paul Gérin-Lajoie a occupé l’avant-scène. Une entrevue avait précédemment été réalisée avec le ministre actuel François Blais et des extraits ont souvent été présentés en début d’atelier de travail. Aussi, un hommage lui a été rendu en début de programmation.

Le moment le plus déterminant de la participation de M. Gérin-Lajoie a sans nul doute été son intervention à la suite du panel prévu pour la présentation du Manifeste «Une nouvelle impulsion à la réussite scolaire».

Un grand nombre de commissaires et de présidents de commission scolaire étaient sur place et ont beaucoup applaudi l’intervention du patriarche qui a rappelé toutes les batailles du passé pour arriver à créer «son ministère» dans les années soixante. On comprendra qu’au moment de défendre les commissions scolaire et surtout, les élections au suffrage universel pour choisir les commissaires d’école, les applaudissements ont augmenté d’un cran…

Je soupçonne le journaliste Denis Lessard de s’être fait «joyeusement spinner» par un ou des commissaires, ou encore, un ou des participants au Forum contre l’abolition des élections scolaires. Peut-être était-il présent à ce moment et que je ne l’ai pas vu, mais alors s’il s’avère, je ne m’explique pas qu’il n’ait pas rapporté ce que je soulève dans les prochaines lignes…

Son texte qui a paru ce matin et qui porte le titre «Paul Gérin-Lajoie se porte à la défense des élections scolaires» n’est pas faux. Quatre vingt dix pour-cent de l’intervention du «personnage devenu légendaire dans l’histoire du Québec» a consisté en un plaidoyer contre l’abolition des élections scolaires. Au grand plaisir des commissaires…

Au petit cocktail qui a suivi la fin du panel, un groupe de présidents de commission scolaire m’a invité à discuter avec eux, sachant que mon point de vue sur l’abolition des élections scolaires était bien différent du leur. Je crois qu’ils avaient observé que j’étais près de M. Gérin-Lajoie, lui-même tout à côté du Premier ministre, et que j’avais une autre perception de ce qui venait de se passer.

Je leur ai expliqué à ce moment que selon moi, Paul Gérin-Lajoie a ouvert une petite porte au Premier ministre à la fin de son intervention, ce qui expliquait que je n’étais pas surpris par les signaux envoyés par Philippe Couillard quelques instants seulement après avoir entendu le fondateur de la dictée PGL.

D’une part, il est à peu près impossible au Premier ministre de revenir en arrière sans désavouer son ministre de l’Éducation qui est allé en personne annoncer aux commissaires la fin des élections scolaires. Mais d’autre part, Paul Gérin-Lajoie a parlé d’une hypothèse qu’il avait considérée du temps où il était ministre et qu’il avait abandonnée pour une question de trop grande complexité administrative à réaliser. Il s’agissait d’élire les commissaires dans un suffrage qui n’aurait concerné que les parents d’élèves. M. Gérin-Lajoie a même ajouté qu’il était à l’époque favorable à cette hypothèse.

J’ai plaidé que selon mon interprétation des choses, cela constituait une sorte de porte ouverte pour le Premier ministre, voire, une certaine «caution» que le fondateur du système de gouvernance qui régit actuellement l’éducation donnait, au cas où son plaidoyer ne permettrait pas d’infléchir la décision du gouvernement.

Je ne suis pas en train de dire que c’est ce qui va être annoncé, mais Philippe Couillard parle souvent d’engager davantage les parents dans sa réforme de la gouvernance scolaire.

«Un hasard» qui tombe bien…

Certains commissaires avaient entendu comme moi le verbatim, mais ne voulaient pas y voir le sens que je donnais aux paroles de PGL. Même en leur racontant qu’à 95 ans, Paul Gérin-Lajoie était encore un très grand «politique» selon mon point de vue, il préféraient croire que leur meilleur ambassadeur «était de leur bord». Ils avaient raison certes, mais…

Voici une preuve de plus que Paul Gérin-Lajoie est tout un politicien…

Il a défendu son point avec vigueur, mais il a «protégé» le Premier ministre au cas où on voudrait continuer de se servir de lui pour accabler le gouvernement pour la suite des choses.

Polis, mais défendants avec vigueur leurs positions, les présidents de commission scolaires ont passé le reste de notre discussion à m’interroger sur les fondements de ma position sur l’autonomie des écoles et sur la pression médiatique qui rend leur posture plus difficile à défendre, même si parfois ils croient posséder de très bons arguments.

Je suis sorti de cette discussion avec beaucoup de respect pour ces citoyens engagés pour la réussite scolaire. Mes positions n’ont pas changé et je ne les ai sûrement pas convaincu «de se ranger».

Je crois bien que d’une façon où d’une autre, le gouvernement va aller de l’avant, d’autant qu’ils ont accueilli avec joie le Manifeste qu’un groupe (dont moi) a signé et présenté au Forum. Vrai que ce document ne traite pas du bien-fondé des élections scolaires, cependant.

Si on lui sert le plaidoyer de Paul Gérin-Lajoie, on rappellera cette porte ouverte, j’en suis assez certain.

Pour le reste, peut-être que M. Lessard pour qui j’ai un immense respect, pourra rappeler sa/ses source(s) et vérifier avec elle/elles si M. Gérin-Lajoie n’avait pas aussi ajouté un petit paragraphe à la fin de son intervention dont il/ils n’aurait(aient) pas parlé sur le coup…

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