La FAE doit se remettre en question

Note : Ce billet a d’abord été publié au Journal de Québec et au Journal de Montréal dans la section du blogue des «spin doctors».

Quand tu es seul à avoir le pas et que tous les autres ne l’ont pas, c’est peut-être le temps de se poser des questions…

Avec l’entente de principe intervenue récemment entre la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN) et le gouvernement, il n’y a plus que la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) qui demeure laissée pour compte.

Les huit syndicats récalcitrants affiliés à la FAE « demande au gouvernement de Philippe Couillard l’intervention d’un Conseil de médiation, tant sur les enjeux sectoriels qu’intersectoriels, afin d’en arriver à une entente satisfaisante pour les deux parties » (source).

Il n’y a pas de hasard. Les membres de la FAE trouvaient la CSQ trop molle en 2006 quand ils ont entrepris de se désaffilier (source).

En 2012, « une révision en profondeur du programme de formation en français au premier cycle du primaire » est venue concrétiser des mois de protestations contre le ministère de l’Éducation (source).

Campagne pour l’élimination totale du financement des écoles privées, application rigoureuse des moyens de pression en vue du renouvellement des conventions collectives, on peut décrire la FAE comme étant le syndicat d’enseignants et d’enseignantes le plus militant au Québec.

Il fallait entendre le président Sylvain Malette chez Mario Dumont mardi dernier pour se rendre compte du ton belliqueux qui anime la démarche syndicale :

  • « On ne négociera pas la baisse des conditions de travail ».
  • « Je veux rassurer le président du Conseil du Trésor, je réfléchis tous les jours, pas seulement la fin de semaine ! », parlant de Sam Hamad qui conseillait d’y réfléchir à deux fois avant d’entreprendre cette semaine déterminante avec l’envie d’en découdre avec les négociateurs patronaux.
  • « La loi spéciale, c’est l’arme des faibles ».

Au moment d’écrire ce billet, il n’y a toujours pas d’entente.

La « partie » est jouée depuis la fin de décembre 2015, mais la FAE, isolée de tous les autres syndicats, veut la rejouer.

Franchement, à moins de vouloir absolument passer pour des insoumis, je ne vois pas l’intérêt des membres de la FAE de persister à étirer la négociation indûment.

Peut-être aussi que c’est exactement le message qu’on souhaite passer aux enseignants : « nous sommes les seuls à bien représenter l’éducation puisque les seuls à ne pas céder ».

S’il y avait une loi spéciale, elle servirait peut-être l’intérêt du gouvernement autant que celui des dirigeants de la FAE, selon l’ex-ministre Jacques Dupuis, collègue à la radio de BLVD 102,1 FM (source).

Je venais moi-même de chroniquer sur le sujet et l’animateur Stéphane Gasse était pas mal sur la même longueur d’ondes que moi : « Ceux qui sont les plus confrontants, ceux qui sont les moins collaboratifs, ceux qui sont les plus militants… » sont peut-être dépassés à ce stade-ci et se retrouvent peinturés dans le coin. Le mode conflictuel ça ne fonctionne peut-être plus en négociation avec le gouvernement.

Je rappelle que le front commun a tout de même obtenu des augmentations de salaires en moyenne qui varient de 9,1% sur cinq ans, et iront jusqu’à 10,25 %. L’inflation sur cette période sera probablement dans cette fourchette.

Sans compter le signal qu’on voit enfin un peu d’argent neuf arriver pour les milieux défavorisées et les élèves en difficulté.

Attendons le dénouement, mais on peut déjà affirmer que les dirigeants de la FAE auront certaines remises en question à faire dans leurs stratégies de négociation…

Ajout du 10 mars:

Le gouvernement affirme n’avoir pas consenti d’argent supplémentaire pour concrétiser cette entente.

Ce contenu a été publié dans Je réfléchis, Journal de Québec / de Montréal, avec comme mot(s)-clef(s) , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire