Un budget qui ne pourra que décevoir

Note : Ce billet a d’abord été publié au Journal de Québec et au Journal de Montréal dans la section du blogue des «spin doctors».

La très grande majorité des observateurs de la scène politique ont statué que le gouvernement Couillard avait manqué la fenêtre d’opportunité du remaniement ministériel pour reprendre l’initiative. Avec la présentation cette semaine du budget, une deuxième occasion de marquer l’imaginaire se présente à lui.

On pourrait discourir sur les indicateurs qui nous permettront de voir que le gouvernement reprend le momentum perdu, mais il y a une possibilité que le gouvernement torpille lui-même ses chances que la population soit attentive à la présentation du budget.

Actuellement le premier ministre s’applique à hausser les attentes, en parlant «d’un signal très fort» qu’il souhaite envoyer au secteur de l’éducation.

Normalement, une telle déclaration avant le discours du budget vise à envoyer le message « soyez à l’écoute », mais dans la turbulence actuelle que traverse le gouvernement libéral, cet appel à l’écoute pourrait aussi jouer de vilains tours à Philippe Couillard.

Les militants libéraux voient actuellement leur parti passer de champion de l’économie à champion de l’environnement. Michel Hébert écrivait cette fin de semaine que «la grogne est impossible à ignorer». Même au conseil des ministres, la situation crée des tensions…

«Les échos indiquent une colère sourde, teintée d’indifférence envers la sacro-sainte solidarité ministérielle.» – Michel Hébert

Jacques Dupuis affirmait sur les ondes de BLVD 102,1 FM ce matin qu’un autre écueil pourrait amplifier la «colère sourde» des ministres libéraux: le passage de Gaétan Barrette à Tout le monde en parle a donné encore plus de prise à l’idée que les adversaires politiques du gouvernement passent pour être des victimes.

On se souviendra que Philippe Couillard avait été le premier à créer cette impression en accusant François Legault de «souffler sur les braises de l’intolérance» seulement parce qu’il remettait en question la pertinence de monter de 50 000 à 60 000 le nombre d’immigrants accueillis chaque année au Québec.

Fatima Houda-Pépin (ex députée libérale) va jusqu’à utiliser l’expression «Grand Inquisiteur» pour qualifier le comportement de son ex chef.

Tout ça pour expliquer que le gouvernement a bien besoin d’attirer l’attention vers les bonnes nouvelles du budget à venir cette semaine.

Mais ça pourrait en même temps lui faire manquer sa deuxième occasion de créer une bonne impression.

Faudra qu’il soit particulièrement généreux pour enterrer la grogne et injecter de la bonne humeur dans le moral des troupes.

Je me demande quand même si la stratégie de promettre «un signal très fort» est vraiment la bonne ?

En haussant à ce point les attentes, on ne pourra que générer de la déception, non ?

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