La CAQ voudra combler le vide

Note : Ce billet a d’abord été publié au Journal de Québec et au Journal de Montréal dans la section du blogue des «spin doctors».

La nature a horreur du vide dit l’adage. En politique c’est encore plus vrai…

Le départ de Pierre Karl Péladeau du Parti québécois prend de court l’ensemble de la classe politique québécoise. C’est un choc qui se vivra différemment dans chaque formation politique, mais force est d’admettre que sur le court terme, il produit un trou béant, autant dans l’imaginaire de la population que chez ceux qui suivent la politique de très près.

PKP ne laissait personne indifférent. On composait avec sa présence pour planifier l’échéance électoral du 1er octobre 2018. Tout est à recommencer maintenant…

L’effet de vide se ressent facilement par la vigueur avec laquelle on essaie aujourd’hui de retrouver l’équilibre. Voyons comment pour chaque parti, certains enjeux se présentent…

Au Parti québécois
Le moment Péladeau du Parti québécois est bel et bien terminé. Brusquement, on se retrouve devant rien, puisqu’on n’a pas pu voir venir.

Il y a bien un embryon de démarche vers la convergence souverainiste et la mise sur pied de l’Institut de recherche sur la souveraineté… mais bon, c’est bien peu de choses.

Comme je l’écrivais hier, pour le PQ, la démission de celui qui devait être un sauveur de la cause souverainiste représente un échec. Deux ans de perdu, diront les plus cyniques… Dans le présent contexte, les péquistes ne prendront pas le temps de tirer les leçons qui s’imposeraient, ils vont foncer droit devant vers l’occasion de se trouver un remplaçant le plus rapidement possible.

Je lisais ce matin le billet du président du PQ dans la Capitale nationale qui avait appuyé Pierre Karl Péladeau pour sa capacité à redorer le blason de sa formation dans la région de Québec, on sent qu’il est déjà passé à autre chose : « Je crois que nous avons besoin pour cela d’une ou d’un chef qui saura adopter un ton plus pédagogique que vindicatif et qui saura inspirer, en se présentant comme un-e véritable chef d’équipe plutôt que de cultiver le fantasme du one man show et de la politique spectacle ».

Parlant des aspirants candidats, mon collègue sur ce blogue a rapidement regroupé tous les possibles dans un billet assez complet.

Ne manque que le nom de Régis Labeaume qui sera sûrement sollicité dans la mesure où je crois que l’appétit pour un sauveur est encore le lot d’un grand nombre de militants au PQ, pressés de connaître l’ivresse du pays rêvé.

Celui qui a déjà brigué l’investiture péquiste dans la circonscription de Montmorency en 1998 est un des seuls au Québec à posséder la stature du rassembleur vers LE grand soir, son nom mérite de figurer à la longue liste des pressentis.

La candidature du maire de Québec pourra aussi rallier ceux qui espèrent un couronnement pour se délivrer d’une autre course à la direction dont on sait combien elle coûte en temps, en dollars et en conflits.

Régis dira immédiatement « non », mais je parie que cette fois il prêtera l’oreille aux arguments de ceux qui le plébiscitent puisque les circonstances actuelles ne se représenteront peut-être jamais plus. Son copain Sam Hamad est sur le banc de punition jusqu’aux calendes grecques, le retour des Nordiques s’annonce beaucoup plus long que prévu et il devra apprendre à gérer la Ville à la petite semaine pour les prochaines années, la population étant essoufflée de le suivre dans ses idées de grandeur.

Au Parti libéral
Philippe Couillard salivait à la seule pensée d’affronter Pierre Karl Péladeau dans une élection référendaire, que le Parti québécois l’ait voulue ou non, à l’automne 2018. Le château de cartes vient de s’écrouler…

Même si Pierre Karl Péladeau s’était amélioré à l’Assemblée nationale, il représentait le type de parlementaire qu’on souhaite garder le plus longtemps possible devant soi.

On devra attendre le dévoilement du remplaçant avant de recomposer le plan de match.

Le gouvernement pourrait tirer parti du fait qu’une portion de l’attention médiatique risque de se tourner vers le changement de garde au PQ, mais il a justement besoin de cette lumière pour redorer son blason, passablement écorché par sa première moitié de mandat.

Les bonnes nouvelles à venir pourraient avoir un peu plus de difficultés à faire la manchette et les mauvaises se faufileront plus facilement puisque les oppositions solidaire et caquiste se disputeront pour leurs donner le plus d’espace possible. L’aile parlementaire du PQ dirigée par Agnès Maltais ou Sylvain Gaudreault pourrait aussi donner du fil à retordre, mais ça reste à démontrer.

Le chef du gouvernement vivra le vertige du départ à la tête du PQ à sa manière: PKP n’est plus là pour lui permettre de rassembler en condamnant l’obsession du pays imaginaire !

Le caucus libéral déjà divisé par les relents de l’ère Charest n’a plus ce ciment pour tenir.

Où les libéraux attendront un nouveau porte étendard de la même étiquette où ils se trouveront un autre angle d’attaque.

Ils devront aussi remiser au garde-robe leurs attaques concernant le conflit d’intérêt de l’ex chef péquiste avec son appartenance à « l’empire Quebecor ».

Ces circonstances ont un beau côté: le gouvernement devra se concentrer pour livrer la deuxième phase de son mandat. Après avoir atteint non sans heurt l’équilibre du budget, le réinvestissement et la relance devront être au menu.

Découragé que je suis de la conduite des législations sur la gouvernance scolaire et visant l’encadrement de l’économie de partage, je pourrais être surpris par un élan d’audace, qui sait ?

L’avènement d’une stratégie numérique autrement qu’en vase-clos et en silos serait aussi la bienvenue, mais je me fais de moins en moins d’illusion.

Il ne faudra pas compter sur le Parti libéral pour combler le vide…

À la Coalition avenir Québec
François Legault s’était tellement habitué à la présence de Pierre Karl Péladeau qu’il en était rendu à souhaiter qu’il demeure à la tête du PQ le plus longtemps possible.

D’une certaine façon PKP contribuait à garder le dossier économique à l’avant-plan sans porter ombrage au chef de la CAQ.

De l’autre, la présence soutenue de l’angle « sans-souveraineté-point-de-salut » de PKP a permis de réaliser un virage nationaliste qui place maintenant la CAQ en bonne posture pour récupérer des militants du PQ qui considéraient que la carte Péladeau était la dernière qu’il consentait au parti à l’article 1 toujours aussi vieillissant.

François Legault devra se montrer très délicat dans ses démarches de séduction pour attirer ceux qui seront tenter de se rallier derrière la CAQ pour briser le monopole annoncé du PLQ, dans ce contexte où la division s’avérait inébranlable.

L’arrivée du principal organisateur politique de Bernard Drainville et rédacteur des discours de Pauline Marois a initié un mouvement. La deuxième phase de ce mouvement pourrait bien être la démission de Pierre Karl Péladeau.

On a dit que certains députés du PQ songeaient à joindre la Coalition avenir Québec; il me semble que les présentes circonstances s’y prêteraient assez bien.

La CAQ voudra combler le vide que le départ de l’homme d’affaires chef du PQ a créé. François Legault a tous les atouts pour ce faire.

Chez Québec solidaire
On accuse déjà le parti de gauche de se montrer mauvais joueur…

Je ne crois pas que Françoise David ou Amir Khadir sont derrière cette stratégie, mais seulement le fait que ce message circule est un gage de l’offensive qui s’en vient.

À gauche, il faut prévoir la sortie des deux députés leaders du parti et le vide encore plus profond que ces départs entraineront.

C’est le temps plus que jamais d’ouvrir les portes du parti aux militants de la trempe de Martine Ouellet qui pourraient comprendre dans l’éventualité du rejet de la deuxième candidature à la chefferie péquiste de la députée de Vachon que leur place est ailleurs qu’au PQ.

Les arguments utilisés pour convaincre chez QS pourraient inclure une feuille de route plus affirmée vers la souveraineté, au cas où l’option du bon gouvernement péquiste serait remise à l’avant plan par un Jean-François Lisée, un Bernard Drainville, un Alexandre Cloutier ou un autre prétendant « moins pressé ».

La nature a horreur du vide, mais en politique… on aime bien ces périodes de remise en question qui constituent de vraies occasions de repositionnement.

Philippe Couillard a le plus à perdre. François Legault a le plus à gagner.

Les autres balancent et puis tout le monde danse !

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