La réaction du maire Labeaume étonne

Note : Ce billet a d’abord été publié au Journal de Québec et au Journal de Montréal dans la section du blogue des «spin doctors».

Régis Labeaume s’est dit «dépassé par la couverture médiatique sur le déficit du Centre Vidéotron ». Selon le maire de Québec, ce serait « la guerre des grands groupes médiatiques » qui serait à l’origine du trop plein d’attention sur cet état de fait. Cette hypothèse ne tient pas la route.

On aura beau dire, tout ce qui tourne autour du Centre Vidéotron intéresse le monde de Québec. Il y a plusieurs raisons expliquant ce fait, dont les circonstances mêmes de sa construction. Quand 370 millions $ d’argent public est consacré à un projet qui en coûte moins de 400 millions $, il me parait normal que la population s’y intéresse.

La Ville de Québec étant demeurée propriétaire du Centre Vidéotron, l’escalade de la popularité du dossier me semble être monté d’un cran depuis l’annonce d’une nouvelle lettre d’entente entre l’entreprise Quebecor et la Ville de Québec qui stipule que « les opérations financières du Centre Vidéotron seront désormais gardées privées ».

Le secret cultive l’attention, je dirais…

Le débat autour de la rentabilité des opérations du Centre Vidéotron sans le retour des Nordiques a toujours occupé une place prépondérante dans l’actualité. Comme il n’y a pas apparence de mouvement dans le dossier du retour d’un club de hockey de la LNH à Québec, c’est un peu normal qu’il y ait de l’inquiétude dans la population.

Il y aurait eu un surplus au terme des quatre premiers mois d’opération que le maire aurait sûrement voulu que ça se sache. On n’aurait pas entendu parler de la forte concurrence que se livrent les différents groupes médias.

Maintenant qu’on sait que c’est un déficit d’au moins 1,4 million $, la question de l’éventuelle viabilité du projet de nouveau Colisée (sans hockey de la LNH) va reprendre de la vigueur dans l’actualité. La guerre des médias pourrait jouer un rôle dans la façon dont sera dirigé la circulation, mais à la base il s’agit d’une promesse phare de l’ère Labeaume, on ne peut pas reprocher aux citoyens (et aux médias) de s’y intéresser.

Le comportement du maire Labeaume s’explique.

En invoquant « la guerre des médias » et en se disant « dépassé » par autant d’attention sur ce premier déficit des opérations, Régis Labeaume crée de la diversion sur le véritable enjeu : doit-on craindre pour la suite des évènements ?

L’absence de transparence dans la divulgation des renseignements qui pourraient expliquer d’où vient le déficit laisse place à toutes les spéculations possibles.

N’oublions pas que le « spin » concernant le Centre Vidéotron jusqu’à maintenant, c’est que « Le Centre Vidéotron remporte un vif succès depuis son inauguration ». Peut-on blâmer les gens d’être surpris par la non rentabilité des opérations ?

Si la comparaison des deux Unes du Journal et du Soleil peut prêter flanc à la théorie de Monsieur le maire, je ne crois pas que cela explique le tapage engendré par le sujet autour de la machine à café ou sur les ondes de la radio de Québec.

L’opposition officielle à l’hôtel de ville savait bien que le sujet était sensible et elle a divulgué ce qu’elle savait aux médias pour tenter de marquer quelques points politiques sur le dos de l’administration Labeaume.

« Fair game », je me dis.

Dans le dossier de la rentabilité du Centre Vidéotron sans hockey de la LNH, comment le maire peut-il rassurer les payeurs de taxes de Québec et les opposants naturels qui sont systématiquement contre lui ?

En évitant les déficits pour le prochain trimestre ?

En préparant la population à une pression financière plus forte puisque manifestement les dirigeants de la LNH ne collaborent pas beaucoup à espérer la venue d’une franchise chez nous ?

En choisissant « la guerre médiatique », Régis Labeaume gagne du temps et il est précieux.

La journée où il y aura une annonce d’un déménagement d’un club de la LNH vers Québec ou l’annonce de l’octroi d’une franchise, toutes ces tribulations deviendront bien secondaires.

Dans l’intervalle, le maire Labeaume passe son message : certains groupes médias « n’investissent pas assez à Québec » !

Et surtout, on ne discute pas dans l’espace public des prévisions financières de la première année complète d’opération du Centre Vidéotron qui ont du plomb dans l’aile.

La réaction du maire Labeaume n’est pas si étonnante quand on y regarde de plus près… elle le sert assez bien.

Mise à jour du 22 juin 17h: J’ai écouté en direct l’annonce de Gary Bettman concernant l’octroi d’une concession à Las Vegas et le report de la candidature de Québec. Il m’est venu deux gazouillis, dans le contexte où « chaque match de hockey professionnel qui ne se dispute pas au Centre Vidéotron représente des pertes importantes » (source)…

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