L’humanité de Fred Pellerin…

Note : Ce billet a d’abord été publié au Journal de Québec et au Journal de Montréal dans la section blogue.

La présence du conteur de Sainte-Élie-de-Caxton sur la grande scène des plaines a agi tel un baume sur une plaie ouverte en cette soirée où nous n’avions plus du tout le coeur à la fête.

J’étais présent à la petite réception du Consul général de France pour la Fête nationale de nos cousins, hier soir à Québec. Les tristes évènements de Nice ont complètement éclipsé l’envie de fêter quoi que ce soit. Je me suis dirigé vers les plaines en n’étant plus capable de penser à quelque chose d’intelligent.

Paralysé par tant de haine, le coeur serré par la rage, chaque coup d’oeil sur l’écran de mon téléphone me plongeait encore plus profondément dans le silence. Heureusement, je tenais la main de ma conjointe en marchant distraitement. Il n’y a rien de mieux qu’un contact humain dans ces occasions où on en vient même à avoir honte d’avoir mangé des petits canapés et d’avoir bu du champagne pendant que des enfants étaient assassinés en pleine rue.

Ils se trouvaient là en famille pour voir des feux d’artifice. La haine les a frappé dans le dos de plein fouet.

Mon collègue qui couvre les activités du Festival d’été de Québec et qui est un jeune papa a trouvé les mots justes pour qualifier ma motivation d’aller au spectacle plutôt que de m’en aller chez nous me réfugier…

Nous avions des places assises hier soir pour Julien Clerc et Fred Pellerin; je crois que c’est ce qui m’a encouragé à persévérer.

Je n’étais assis que depuis quelques minutes quand le chanteur engagé en 1969 dans la comédie musicale « Haïr » a entonné les paroles en français de Let the Sunshine In. Il n’avait semble-t-il pas évoqué la tragédie de la promenade des Anglais jusqu’à ce moment.

Je me suis ressaisi quelque peu à son invitation de « continuer à laisser entrer le soleil » malgré tout.

Les premières notes de musique de l’orchestre accompagnant Fred Pellerin ont rapidement remis de la paix en moi.

La simplicité, le chuchotement, la douceur et l’authenticité pour des dizaines de milliers de festivaliers à l’écoute m’ont beaucoup apaisé.

« C’est dans la pénombre que la lumière est belle » – Fred Pellerin

On m’a rapporté qu’il avait fallu insister beaucoup pour convaincre Fred Pellerin d’accepter l’invitation d’occuper les plaines avec son groupe de villageois de Saint-Élie-de-Caxton.

Les premiers mots utilisés pour « justifier » son inconfort étaient puissants : « Ça ne se destinait pas à ça ces chansons-là. C’était fait pour être écouté en minuscule. On s’en vient déposer nos armes sur vos plaines d’Abraham » (source).

Si la poésie peut paraître bien faible dans l’arsenal pour combattre le terrorisme, hier soir j’en avais grandement besoin.

J’ai tout compris dans la longue tirade de Fred Pellerin pour présenter les 87 membres de sa chorale (des « gens extraordinairement ordinaires » selon Cormier) avant l’interprétation de quelques belles pièces de son répertoire apaisant.

« On vous répond par la bouche de notre Caxton » – Fred Pellerin

Quelle démonstration de savoir vivre ensemble !

Dans l’énergie de l’accueil de son monde de Caxton qu’il avait convaincu de venir avec lui sur la grande scène, il nous prouvait par l’exemple que la « confiance inébranlable » à l’autre pouvait mener loin : « J’ai dit oui. Fred m’a déjà embarqué dans toutes sortes de sketchs, Saint-Élie l’a à coeur comme moi je l’ai à coeur. Rendu à mon âge, c’est quelque chose de venir ici à soir » (source).

Fred Pellerin - FEQ

Nous avions tous bien besoin des chuchotements et des messages de Fred Pellerin pour se remettre un peu du chaos de Nice.

« Depuis ses débuts, Fred a toujours travaillé avec l’accord de la population. Son travail met en avant-plan Saint-Élie-de-Caxton, mais ce n’est pas juste le nom, c’est ce que Saint-Élie est. Les citoyens sont toujours invités à être dans les premières rangées pour ses films, ses spectacles. Il a toujours voulu impliquer la population. C’est un gars proche des gens qui a gardé sa simplicité » – Réjean Audet, maire

La présence des villageois sur la scène des plaines mené par leur conteur préféré qui s’est adressé à nous toute la soirée en parlant « à Abraham » était essentielle.

Les lumières de Saint-Élie-de-Caxton ont brillé comme jamais auparavant dans la pénombre de ce 14 juillet 2016 !

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