Bouquets de fleurs reçus d’inconnus

Vous savez comment ç’est… on débarque chez des gens qu’on n’a jamais rencontrés et la première chose qu’ils font, c’est de vous dire tout le bien qu’ils pensent de vous.

L’accueil des Suisses est tout simplement fabuleux!

Nous sommes arrivés par le TGV du midi à Vallorbe. C’est le nom d’une commune suisse située dans le canton de Vaud. Nous étions six voyageurs: une personne du ministère de l’Éducation nationale français, deux personnes de la Fondation Internet Nouvelle Génération (FING), deux autres du collectif Éducation et territoires et moi, de l’Institut de gouvernance numérique.

Une voyageur sortant de la gare ayant aperçu l’air inquiet de Serge devant le fait que nos hôtes n’étaient pas là avec leurs voitures nous a parlé du « quart d’heure vaudois ».

Nous étions rassurés.

Nous avons pris la route montagneuse du district du Jura-Nord avec beaucoup de plaisir. Le Lac Neuchâtel fut probablement la première occasion de mieux se connaître entre le chauffeur et moi. Quand je lui ai mentionné « vous savez, je suis né à Neufchâtel », il a tout de suite su que je ne parlais pas du même coin de pays.

Mon Neufchâtel n’a pas du tout la même envergure…

En direction du Gymnase intercantonal de la Broye (GYB), nous prenons les quarante-cinq minutes du trajet pour ouvrir grand les yeux sur des paysages franchement très bucoliques. Il y a beaucoup de vaches dans les prés et elles ont l’air d’être heureuses d’y être.

La nature est généreuse et spectaculaire.

C’est d’ailleurs une réflexion qui reviendra souvent dans la conversation tout au long des prochaines 48 heures. La générosité de l’accueil reçu au GYB est à la mesure du spectaculaire programme concocté par Thierry Maire, le directeur de cet établissement scolaire qui regroupe plus de mille étudiants inscrits à la « maturité fédérale ».

La mission en Suisse peut commencer…

Le Centre fri-tic de Fribourg
Nous sommes invités à rencontrer Nicolas Martignoni, le responsable de ce centre nerveux du domaine de l’enseignement du canton de Fribourg qui souhaite faire une large place aux Médias, à l’Image, et aux Technologies de l’Information et de la Communication, les MITIC!

Le Centre est situé à même l’édifice de la Haute école pédagogique du canton de Vaud.

Nous disposons de quelques heures pour mieux comprendre la stratégie numérique de la Suisse. Plus spécifiquement, nous situons la perspective des cantons qui ont la responsabilité de l’éducation en Suisse.

Comme je l’expliquais dans mon billet écrit hier, le pays possède en quelque sorte vingt six régimes scolaires!

Plusieurs informations sensibles nous sont communiquées pour bien saisir les défis du canton de Fribourg. Notre interlocuteur devient parfois nerveux quand on photographie certaines des diapositives. Il faut dire que l’actuelle ministre de l’Éducation vaudoise ne semble pas particulièrement portée vers le numérique. Notre interlocuteur n’y est pour rien dans ce constat, ce sont des petits bouts de phrases entendues ici et là tout au long de ces quarante huit heures qui me font poser cette hypothèse.

Il semble que sa réélection soit loin d’être assurée, si je me fie à ce que j’ai entendu !

Nous avons beaucoup échangé sur la façon dont la France, le Québec (dans le Canada) et la Suisse procèdent pour bâtir leurs politiques publiques en général, et sur celles en éducation à l’ère du numérique, en particulier. Serge nous avait préparé un topo pour traiter de la France et j’avais fait de même pour le Québec et la francophonie canadienne.

Au sortir de notre visite, je comprenais déjà mieux les forces et les faiblesses de chacun de nos trois territoires.

Les gymnases
Les gymnases en Suisse (gymnasium, en allemand) sont des établissements d’enseignement secondaire du deuxième cycle qui interviennent après la formation obligatoire.

Celui où nous sommes possède deux caractéristiques principales: sa construction est récente et il est intercantonal, ce qui veut dire qu’il dessert un bassin rural d’étudiants qui vivent dans deux cantons, celui de Vaud et celui de Fribourg.

Cette école (le GYB) est au coeur de la cellule suisse du projet FuturÉduc. À différents moments de notre séjour, nous croisons des membres de ce groupe formé par Thierry avec lesquels nous avons eu l’occasion de correspondre et d’échanger tout au long de la dernière année.

Certains d’entre eux nous hébergent. Moi je loge chez Anouk qui est prof d’anglais. J’ai ainsi eu l’occasion de rencontrer son conjoint et leurs trois enfants, dont une fréquente le GYB. Le fait de dormir chez un des membres du groupe suisse est d’une richesse incomparable. Tout ce que nous avons pu échanger dans l’informel vaut presque autant que le contenu officiel.

Anouk connaît un peu l’Amérique ayant étudié à Stanford University un temps. Plusieurs anecdotes de voyage découlent de ce volet inusité de la mission dont la FING n’aurait pas pu mieux organiser.

Je me souviendrai au matin du deuxième jour de notre séjour, de cette discussion avec Anouk qui nous conduisait avec légèreté jusqu’au GYB. Empruntant un chemin qui n’avait d’espace que pour un seul véhicule, j’en voyais venir un autre devant avec stupeur. Elle qui accélérait tout en continuant ses explications (franchement, je ne me souviens plus de quoi il était question), je ne m’expliquais pas pourquoi l’autre véhicule accélérait tout autant.

Du coup, je me retrouvais en pleine partie de « chicken game » à l’autre bout du monde et Anouk continuait de prendre tout cela à la légère.

Je n’avais pas vu la petite enclave non loin qui permettait à l’un des véhicules de se ranger pour laisser passer l’autre. Manifestement, Anouk et l’autre conducteur connaissaient bien « le truc » et il n’y avait pas vraiment à s’inquiéter. Je me souviendrai quand même de ces quelques secondes surréalistes où j’avais l’impression que j’étais dans la voiture de quelqu’un qui aimait bien vivre dangereusement sa vie.

On a bien rigolé…

Tout ça pour dire que beaucoup de ce que nous avons appris dans cette mission finale du projet FuturÉduc vient des apprentissages réalisés dans l’informel. Autour d’un bon repas, dans les transports, pendant les visites auxquels participaient également des membres de la cellule suisse, bref, tout le temps… nous échangions et nous apprenions de nos camarades.

Les fleurs, elles nous étaient régulièrement offertes par ces gens que nous apprenions doucement à mieux connaitre.

L’Office du Livre de Fribourg (OFL)
Il convient ici de préciser qu’il n’y avait pas que des membres du personnel du GYB parmi les participants au groupe suisse du projet FuturÉduc. M. Martignoni dont je parlais plus haut en faisait partie ainsi que Nicolas Moser dont je m’apprête à vous parler.

C’était la même chose pour le groupe France et celui au Canada: nous avons tenté de s’adjoindre plusieurs collaborateurs aux profils différents pour essayer d’anticiper le futur de l’école et de l’éducation.

À L’OLF, M. Moser s’est montré lui également très généreux de son temps et de sa vision.

La première portion de l’activité a consisté en une présentation sommaire des activités de l’Office du livre de Fribourg et de sa transition dans le monde numérique. Cette présentation a généré plusieurs échanges entre nous. L’occasion était belle de confronter nos visions du monde éducatif de demain.

À un certain moment, Anouk s’est offerte pour démontrer le potentiel du contenu fabriqué par les utilisateurs à même Schooltaas. M. Moser n’a eu aucune difficulté à laisser les guides à l’enseignante, acceptant d’emblée de perdre le contrôle du message.

Brillant.

La seconde activité au programme permettait la visite guidée d’une section du bâtiment où toute la logistique de la chaîne de distribution des livres papiers nous était présentée. De la réception des nouveaux titres de partout en Suisse et autour dans d’autres pays, jusqu’à la préparation / expédition des commandes en passant par le retour des invendus… nous avons pu voir à l’oeuvre du personnel vigilant et très bien organisé.

Nous avons aussi pu voir le travail de machines sophistiquées.

En gros, il existe encore aujourd’hui une possibilité de faire des sous dans le marché du livre papier. C’est à se demander si ce fait n’expliquerait pas la relative lenteur de la croissance du marché du livre numérique.

L’École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL)
Nous avons dîné (nous sommes en Suisse où on parle des trois repas de la même manière qu’au Québec) au Copernic. Dès notre entrée à l’EPFL, nous avons compris que nous étions dans un environnement stimulant et créatif.

Nous avions rendez-vous au Rolex Learning Center pour aller à la rencontre du professeur Pierre Dillenbourg. Tout un personnage…

D’entrée de jeu, je devais trouver un lieu bien connecté pour me brancher avec le Québec et l’Université Laval. Je devais prononcer une courte intervention en ouverture du Colloque Cirta 2016. Moment inusité où je m’adresse à des gens réunis chez moi, mais je leur parle en direct de Lausanne.

M’enfin.

De retour avec mon groupe, le professeur nous parle des activités qu’il coordonne au laboratoire CHILI (Computer-Human Interaction in Learning and Instruction), spécialisé dans les nouveaux interfaces pour apprendre. On voulait anticiper le futur… nous sommes au bon endroit!

Tour à tour, des étudiants viennent nous présenter quelques-unes de leurs trouvailles qu’ils utilisent avec des apprenants de tous les âges. Ces étudiants viennent de partout dans le monde pour étudier à Lausanne.

Le professeur Dillenbourg anime les transitions et ne se gêne pas pour mettre de l’atmosphère dans les présentations d’étudiants. Nous sommes frappés par le pragmatisme et l’intelligence des dispositifs.

En repartant, nous nous félicitons d’avoir pu être en contact pendant quelques instants avec des outils du futur qui facilitent l’apprentissage des fractions, de l’écriture ou des principes de la physique et de la logistique.

Le futur est simple, derrière sa relative complexité.

Le bilan de FuturEduc
Nous avons pris le temps d’une séance de travail de trois heures en fin de mission sur le sol suisse pour peaufiner les actions prioritaires à prévoir, à court terme.

Il n’en sera pas question précisément dans ce billet puisque je laisse à l’équipe de la FING le soin de peaufiner une présentation formelle de toute la démarche et surtout, des conclusions.

Nous envisageons une communication « officielle » dans les prochaines semaines qui devait susciter des réactions autant en France, au Canada, qu’en Suisse et ailleurs, peut-être.

Au-delà de nos différences culturelles, plusieurs points de convergences ressortent. La suite des choses risque d’être intéressante.

Avant de revenir dans un prochain billet sur le carnet de bord de la portion parisienne de ce séjour outre-mer, je tiens de nouveau à remercier Thierry Maire et toute l’équipe suisse pour la chaleur de son accueil et la profondeur des échanges.

Recevoir autant de gens que nous rencontrions en présentiel pour la première fois témoigne de la solidité de notre réseau qui ne demande qu’à se raffermir…

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