Les douze travaux de Sébastien Proulx

Note : Ce billet a d’abord été publié au Journal de Québec et au Journal de Montréal dans la section du blogue des «spin doctors».

Par l’entremise du Journal ce matin, le ministre de l’Éducation promet « de corriger le tir » concernant les difficultés en lecture qui affligent les diplômés de tous les niveaux scolaires. Les défis qui attendent Sébastien Proulx sont nombreux…

Les articles de la journaliste Daphnée Dion-Viens provoquent beaucoup de réactions, autant dans la population en général que dans le milieu scolaire (1, 2, 3, 4). La valeur des diplômes préoccupe au plus haut point et personne ne souhaite que la réussite scolaire ne garantisse plus la maîtrise des compétences au programme, en particulier en matière de langue.

Pourtant, actuellement ça semble le cas trop souvent…

Déjà en juillet 2015, Mme Dion-Viens pointait les conclusions d’une étude qui « consacre l’idée que le pire retard est celui en lecture ».

Quand on réalise que 64,2 % des décrocheurs de 5e secondaire ont échoué à obtenir leur diplôme parce qu’ils n’ont pas satisfait aux exigences relatives à la langue d’enseignement… la situation est grave. Pire encore chez les garçons où cette statistique grimpe à 71,1 %.

La balle est dans le camp du ministre et il semble vouloir la saisir.

On se comprend, il n’est pas le seul en cause, mais certains défis sont dans sa propre cour.

Le ministre de l’Éducation doit…

  1. Augmenter les ressources attribuées aux écoles et aux CPE pour favoriser le dépistage précoce des élèves à risque.
  2. Favoriser l’engagement en nombre suffisant de professionnels et d’enseignants dans les écoles pour qu’en plus du dépistage systématique en bas âge des élèves à risque, ils soient en mesure de faire le suivi approprié des diagnostics et des plans d’intervention tout en utilisant des pratiques exemplaires. On ne doit laisser aucun élève prendre du retard en lecture, en particulier. Sur ce sujet, pourquoi est-ce si difficile de mettre à profit les écoles privées qui expriment ouvertement leur volonté d’en faire davantage de ce côté… (recommandations 7 et 8 de ce mémoire présenté dans le cadre des crédits budgétaires 2016-2017)
  3. Accélérer l’implantation de la maternelle 4 ans à temps plein, au-delà des milieux défavorisés. Ces maternelles doivent pouvoir compter sur les ressources nécessaires pour offrir le meilleur des services possibles.
  4. Favoriser des augmentations de salaire aux enseignants qui entrent dans la profession pour le situer à autour de 50 000 $ par année.
  5. Hausser les exigences à l’entrée des candidats à l’enseignement dans les facultés d’éducation des universités québécoises.
  6. Travailler avec les facultés d’éducation des universités québécoises pour que les futurs enseignants soient mieux formés, entre autres pour tenir compte des données probantes de la recherche en éducation, de l’utilisation des pratiques exemplaires et de la montée en puissance de l’utilisation du numérique pour mieux écrire et lire.
  7. Rendre l’école obligatoire jusqu’à l’âge de 18 ans ou jusqu’à l’obtention d’un diplôme du secondaire.
  8. Rehausser la valeur des « certificats de formation préparatoire au travail » en exigeant un meilleur respect des compétences acquises en littératie et surtout, agir pour que l’obtention de ces certificats ne fassent pas partie des statistiques comparant les taux de réussite au secondaire à travers le temps.
  9. Voir à ce que la réussite éducative ne dépende plus « de la négociation patronale-syndicale » des conventions collectives. Par exemple, le ministre doit mettre de la pression pour qu’on trouve une solution qui abolirait les assemblées de placement.
  10. Multiplier les incitations à lire et à écrire pendant le cheminement scolaire et ce, autant pour les enseignants que pour les élèves. Sur ce sujet, il doit s’inspirer du plan ontarien « Moi, lire? Tu blagues! »
  11. Donner du pouvoir aux écoles pour qu’elles puissent disposer des moyens de leurs ambitions. Le ministre doit agir ainsi pour que les établissements scolaires puissent se différencier et mieux répondre aux besoins de leur communauté éducative. On doit cesser de vouloir qu’elles se ressemblent toutes. On doit pouvoir leur permettre plus facilement de se doter de projets éducatifs adaptés aux élèves des localités qu’elles desservent. On doit pouvoir leur permettre plus de souplesse dans les horaires, dans le calendrier scolaire, le choix de leur personnel et de certaines modalités pédagogiques (ex: anglais intensif).
  12. Favoriser la mise en réseaux des écoles et des enseignants. Le personnel des écoles doit sortir de son isolement et le ministère de l’Éducation doit favoriser la collaboration en matière de coconstruction de manuels scolaires et des pratiques pédagogiques. Les écoles doivent pouvoir se regrouper, établir de nouveaux partenariats et partager des services autrement qu’en fonction de leur appartenance à une commission scolaire. Bref, à l’ère du numérique, il faut permettre aux écoles, aux directions et aux enseignants de pouvoir penser « en dehors de la boîte » sans constamment être ralentis par les conventions de travail, les commissions scolaires ou le ministère de l’Éducation.

Les douze travaux d’Hercule ou d’Astérix montrent des exploits surhumains.

Ceux de Sébastien Proulx sont à sa portée, à condition de travailler en équipe avec ceux qui partagent la volonté de les réaliser.

Ce contenu a été publié dans Je partage, Journal de Québec / de Montréal, avec comme mot(s)-clef(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire