Se tenir debout pour les garçons

Il n’est pas de bon ton dans certains milieux de soulever la problématique de la réussite scolaire des garçons.

Le professeur Égide Royer de l’Université Laval est l’un de ceux qui persistent à le faire contre vents et marées. Il explique souvent que des écarts entre les résultats scolaires des filles et ceux des garçons existent dans tous les pays, « mais qu’au Québec, l’écart qui [y] est beaucoup plus grand » (source). Il va même un peu plus loin: « Aussitôt qu’on arrive avec une mesure qui pourrait cibler davantage les gars que les filles, c’est vu comme politiquement incorrect ».

Je pourrais invoquer ici l’exemple de la bourse universitaire aux étudiants masculins offerte par André Gélinas, mais je m’éloignerais du sujet que je veux traiter ici.

Soyons « politiquement incorrect », donc.

J’ai suivi avec un plaisir non dissimulé l’arrivée au Journal de Québec d’une cuvée de nouveaux blogueurs regroupés au blogue des profs. L’un d’eux que je fréquentais déjà par l’entremise de Twitter a récemment écrit un billet spectaculaire qui cadre parfaitement bien avec mon propos ici: Et si on laissait les garçons parler de l’école…

Monsieur Éric (enseignant 5e et 6e années à l’École Alexander-Wolff) est un de ces enseignants qui souhaitent se montrer sensible aux difficultés des garçons, sans rien enlever aux filles, bien entendu.

Quelques jours après la publication de son billet, une station de radio de Québec a eu la bonne idée de lui donner la parole pour lui permettre d’expliquer de quel bois il se chauffe. La conversation entre Sylvain Bouchard et monsieur Éric est à écouter…

Le passage dans son texte et dans l’entrevue radio au sujet du jeu Le roi de la montagne avait attiré mon attention et surtout, m’a rappelé bien des souvenirs. On comprendra que la différenciation dans les apprentissages de la lecture reste énormément plus importante que celle qui concerne les jeux dans la neige, mais la fenêtre ouverte sur ces anecdotes de cour d’école demeure instructive.

Je n’étais pas au bout de mes peines.

Étant toujours à l’affut des témoignages d’enseignant(e), c’est sur le blogue du prof solitaire que le sujet a continué de se développer.

Dans deux billets récents, cet autre enseignant du primaire qui a choisi de conserver une relative discrétion sur son identité témoigne d’un récit qui touche justement la construction des forts de neige dans une cour d’école. Minoritaire en tant qu’enseignant masculin, il raconte sa frustration vécue à vouloir aider les jeunes garçons. J’attire l’attention sur les deux billets du prof solitaire non pas pour critiquer indûment l’école dont il est question dans sa gestion de l’évènement, mais pour exprimer une certaine solidarité envers ceux qui se tiennent debout pour que les garçons trouvent leur place dans cet univers perfectible qu’est l’école.

Je vous invite donc à lire La guerre aux garçons et Forts de neige… la suite dans un esprit où il faut continuer notre réflexion sur ce qu’il y a à faire pour comprendre jusqu’à quel point il y a du travail pour arriver à se comprendre et favoriser la réussite de tous – garçons et filles – dans l’école québécoise.

Le prof solitaire se demande s’il ne viendrait pas de se « peindre une cible sur le front » et j’avoue que c’est ce qui me perturbe le plus dans son témoignage.

Si « les garçons peuvent de nouveau jouer dans les forts » au terme de sa mésaventure, moi j’espère que l’enseignant pourra continuer d’éprouver du plaisir et de la satisfaction dans son travail.

J’aimerais tellement que ces profs solitaires cessent de se trouver seuls et parfois isolés dans « leurs chamaillages » pour s’affirmer au nom de la réussite des garçons.

J’offre tout le soutien possible aux messieurs Éric et aux profs solitaires, mais surtout, je voudrais que vous restiez en contrôle de ce qui peut être fait pour vous soutenir.

Je sais bien que trop d’attention, c’est parfois pire que pas assez.

À suivre… au rythme de ce que voudront bien nous raconter tous ces enseignants masculins qui deviennent rare et précieux, tout comme le sont ces enseignantes qui voient elles aussi que ça ne tourne pas rond avec la réussite des garçons.

Politiquement incorrectement vôtre.

Ajout: On attire mon attention sur cette vidéo qui illustre un projet à venir sur le sujet de la différenciation en enseignement.


Mise à jour du 12 décembre: Une station de radio de Québec est allé visiter la classe où enseigne Éric Tremblay. Le topo qui en découle devrait circuler davantage…
Mise à jour du 13 décembre: Nouveau billet de Éric Tremblay… «Et si on laissait les filles parler de l’école…».

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