La démonstration de force de la bureaucratie scolaire

La volonté ministérielle d’implanter pour la rentrée scolaire de septembre 2017 un cours d’éducation financière obligatoire en 5e secondaire se bute à la résistance naturelle aux changements du réseau public d’éducation. Aux premières loges se retrouvent les syndicats d’enseignants.

Cette résistance s’incarne de manière particulièrement explicite dans cette entrevue accordée par Sylvain Mallette (président de la Fédération autonome de l’enseignement) à l’animateur Paul Arcand. La démonstration de M. Mallette est éloquente. De mon point de vue, elle découle du fait que la distribution des tâches d’enseignement dans les commissions scolaires se déploie de manière plutôt sauvage encore aujourd’hui. Il vaut mieux contester la mécanique prévue par le ministre pour l’introduction du nouveau cours que d’essayer de s’adapter.

Il y a aussi le point de vue de ceux qui enseignent actuellement le cours monde contemporain qui ont à composer avec une diminution de la part obligatoire des heures prévues actuellement pour l’enseignement de ce cours dans le régime pédagogique pour faire de la place aux heures obligatoires du nouveau cours d’éducation financière. Il est assez bien résumé dans ce billet d’un enseignant de sciences et de mathématiques au secondaire…

Les représentations de ceux qui « perdent » des heures d’enseignement dans « leur matière » influencent sûrement la décision des représentants syndicaux de demander le report d’un an l’implantation du cours.

Ce matin, une chronique de Lise Ravary porte sur ce sujet et souligne à juste titre l’insistance de M. Mallette à pointer du doigt le rôle qu’aurait joué le banquier philanthrope L. Jacques Ménard de la BMO dans le choix d’implanter le cours d’éducation financière. « Lui pis son obsession avec la réussite éducative »…

Le syndicaliste en aurait gros sur le coeur qu’il ne s’exprimerait pas différemment.

On sent bien l’exaspération dans la voix de Paul Arcand lors de l’entrevue. M. Mallette a réagi en expliquant la complexité des processus de mise en place d’un nouveau cours, mais selon moi, il a volontairement exagéré pour montrer la puissance de notre bureaucratie scolaire.

Un bon nombre d’enseignants ne sauront que quelques jours avant la rentrée le contenu exact de leur tâche d’enseignement. Plusieurs des préoccupations exprimées par le dirigeant syndical viennent de l’organisation scolaire actuelle dont on ne veut surtout pas la remise en question. Si on a autant besoin de préparation « systémique » en amont, c’est qu’on prend pour acquise cette réalité du nombre d’enseignants dans le réseau public qui n’auront que quelques jours pour se préparer à enseigner le cours d’éducation financière.

Si les écoles étaient plus autonomes, si l’organisation scolaire n’était pas aussi dépendante de la bureaucratie scolaire, il s’en trouverait tellement plus d’agilité en éducation.

La démonstration de force des syndicats qui se réfugient en arrière de la bureaucratie scolaire va-t-elle impressionner le ministre de l’Éducation ?

Les prochains jours nous en diront davantage…

Mise à jour du 23 janvier 2017: L’éditorial de Ariane Krol vient ce matin appuyer mon propos…

« En attendant, les syndicats ont bien le droit de ne pas aimer la manière dont on ramène le cours d’éducation financière, et de le faire savoir au ministre. Mais avec le ton et les arguments qu’ils ont choisis, ils auraient mieux fait de passer leur message en privé. Parce qu’en brandissant ainsi les demandes de moratoire et les menaces de recours légaux sur la place publique, ils n’ont réussi qu’une chose : donner l’impression que les enseignants sont rétifs aux changements, et que les procédures dont ils réclament le respect sont une abomination bureaucratique. »

Ce contenu a été publié dans Je partage, avec comme mot(s)-clef(s) , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

4 réponses à La démonstration de force de la bureaucratie scolaire

  1. Bonjour, votre texte est très intéressant, mais réducteur. Il ne faut pas laisser entendre que les gens qui veulent préserver le cours Monde contemporain sont de seuls enseignants voulant préserver leurs tâches ou leurs acquis ni présumer non plus qu’il s’agit d’un mouvement syndical. Ce sont deux choses distinctes. Le syndicat fait du syndicalisme. Les pédagogues s’intéressent à l’apprentissage. Des enseignants dont je fais partie, mais pas seulement des enseignants s’expriment d’ailleurs à cet égard comme ici dans Le Soleil:

    http://www.lapresse.ca/le-soleil/opinions/points-de-vue/201701/18/01-5060781-contre-lamputation-du-cours-monde-contemporain.php

    D’autre part, il faut se garder de voir de la «résistance au changement» chez tous les intervenants qui s’expriment. Le débat réduit à la seule question «pour ou contre l’éducation financière pour les élèves québécois?» est une simplification. Ce serait comme de demander «pour ou contre l’air pur ou le soleil?». Tout le monde est pour… Enfin presque. La question de fond en lien avec l’annonce du ministre Proulx est comment faire en sorte que les notions financières soient le mieux rendues dans les milieux et au bénéfice des élèves. Sûrement pas en procédant à l’amputation d’un cours motivant et qui contribue à la culture générale. Peut-être par un réaménagement d’un cours afin de bien y intégrer les notions souhaitées (Monde contemporain)? Changer la grille-matières pour faire vraie place à l’éducation financière plutôt que de «squatter» un cours. Que de perpétuer, encore, la culture des silos; de la compartimentation des savoirs en petites matières à 50 heures pièce? Le débat actuel est intéressant, mais il appelle à plus de nuances plutôt que des procès d’intention.

  2. Avatar de Mario Asselin Mario Asselin dit :

    Bon point M. Rouillard, en ce qui concerne la première partie de votre commentaire. J’avais vu passer la lettre ouverte au Soleil et j’aurais peut-être dû en mentionner l’existence pour ne pas prêter flanc à un amalgame que je ne souhaite pas faire.

    Je suis d’accord avec les nuances à établir dans ce dossier, mais l’entrevue de M. Mallette exprime quant à moi un bon exemple de «résistance au changement». Cette résistance n’est pas présente chez tous les intervenants qui argumentent contre le changement proposé par le ministre de l’Éducation, je vous l’accorde.

  3. Parfait: nous nous comprenons bien. M. Mallette parle pour la FAE et en syndicaliste en effet. D’autres intervenants ont d’autres intérêts, dont, celui que nous partageons tous deux: la meilleure qualité des apprentissages pour les élèves du Québec. Bref, une multitude de point de vues coexistent.

Laisser un commentaire