Entrer en politique pour sortir ceux qui auraient trahi le Québec

La semaine politique qui vient de passer a été marquée par l’entrée en scène de Gabriel Nadeau-Dubois (GND). On peut parler d’une opération réussie pour Québec solidaire (QS) qui additionne les nouveaux membres par milliers depuis l’annonce. C’est un indicateur qui ne ment pas…

Sous l’angle d’une plus grande vitalité pour notre démocratie, on peut cependant mettre un bémol. J’y reviendrai…

Une puissante réthorique ayant pour prémisse que la classe politique dirigeante depuis trente ans a trahi le Québec a beaucoup fait jaser. Elle est bien résumée dans le titre de cette chronique de Gilbert Lavoie : «Tasse-toi mon oncle»!

Dans le même journal, Jean-Marc Salvet affirme que ce courant de pensée est bien présent au sein de la formation politique qu’il joint et qu’en soi, le jeune homme qui souhaite prendre la relève de Françoise David (autant comme député de Gouin qu’à titre de porte-parole du parti) a de l’ADN de Québec solidaire en lui.

Aux yeux de plusieurs observateurs donc, il existe une certaine cohérence entre les propos de GND et le message politique de QS.

Il y a de l’espace très à gauche pour un électorat en quête d’une certaine révolution. Le héros du printemps étudiant l’incarnera à souhait.

Mon premier réflexe cette semaine a été de me demander dans ces conditions comment on peut bien communiquer avec lui et conséquemment, avec Québec solidaire, sur cette base « que la classe politique québécoise a trahi le Québec depuis 30 ans ».

La colère de plusieurs qui se sont sentis visés s’est exprimée rapidement.

Je me dis qu’on peut rarement construire un dialogue avec la rage au coeur.

Normand Baillargeon écrit justement ce matin que «s’il n’y a pas de conversation, par définition, il ne peut y avoir de conversation démocratique». La liste est longue – selon Baillargeon – des façons de refuser le dialogue. Le « malaise démocratique » survient quand la conversation n’est pas perçue comme possible…

  • « Ne jamais donner la parole à des groupes dont on parle, le plus souvent pour en dire du mal. »
  • « Interdire à des personnes qui ont des positions différentes des nôtres de s’exprimer, y compris à l’université, où cette pratique semble se répandre. »
  • « Décider que des interlocuteurs ne peuvent être entendus parce que nous leur sommes moralement ou intellectuellement supérieurs et que nous ne pouvons donc rien en apprendre. »
  • « Appliquer une étiquette infamante (fasciste, terroriste, nazi, ayant du sang sur les mains, etc.) à des personnes ou à des groupes, de manière à ce que discuter avec eux soit impensable. »
  • « Décider que le fait de vouloir aborder un certain sujet est nécessairement la preuve d’une carence morale grave qui vous assimile à ces groupes que je viens de nommer. »
  • « S’exprimer, à l’écrit ou à l’oral, sur un ton ou avec des mots ou des expressions qui ne laissent aucun doute sur le fait que l’on pense que l’on a absolument raison et que les autres sont au mieux des crétins qui se trompent, au pire des personnes intellectuellement malhonnêtes. »

    Je suis convaincu que nous n’en sommes pas arrivés à atteindre ce niveau d’exaspération et je suis également convaincu que Normand Baillargeon n’avait pas les déclarations de GND en tête en écrivant cette liste.

    Mais j’imagine facilement le malaise que les tenants de la convergence souverainiste ont dû éprouver en apprenant « tout le bien » que l’un des initiateurs du mouvement Faut qu’on se parle pensait du chef du Parti québécois…

    « J’ai de la misère à suivre Jean-François Lisée. Je ne suis pas le seul, il y a des milliers de personnes qui ont de la misère à le suivre. C’est bien beau, être stratège, c’est bien beau, être agile, encore faut-il être capable de dire clairement quels sont nos principes. » (source)

    Comment entreprendre un dialogue constructif sur la convergence souverainiste dans ces conditions ?

    Gabriel Nadeau-Dubois a clarifié ses propos qui ont été interprétés comme des accusations de trahison envers les politiciens des 30 dernières années, mais je n’ai pas vraiment senti d’appel à la conversation démocratique avec la classe politique.

    Pourtant, elle sera nécessaire. On ne bâtira pas du solide avec ce ton belliqueux et accusateur.

    Québec solidaire semble pour le moment y trouver son compte.

    Mais si c’est la façon choisie pour remplacer Françoise David qui incarnait tout le contraire de Gabriel Nadeau-Dubois sur la forme, on n’est pas sortie de l’auberge.

    À suivre…

    Mise à jour en après-midi : Voici un extrait de l’émission Les coulisses du pouvoir offrant la parole à Gabriel Nadeau-Dubois qui revient sur les sujets évoqués dans ce billet…

    J’ajoute ce statut Facebook publié par Sol Zanetti (chef de Option nationale) qui évoque la réaction du PQ à l’arrivée de GND à l’effet qu’il ne serait « pas parlable »…

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