La quête d’un plus large lectorat justifie-t-elle d’encourager n’importe quel modèle d’affaires ? (Ajout)

On pourrait parler d’un «HuffPostGate» spécifique au Québec depuis que Simon Jodoin du Voir a publié ces deux billets : «Amir Khadir, Jean Barbe, Françoise David… Du bénévolat pour AOL???» et «Huffington Post Québec : Un super plan d’affaire et encore plus de bénévoles».

La venue du Huffington Post Québec a été annoncée par Arianna Huffington elle-même (Présidente et éditrice en chef du HPMG) au International Women in Digital Media Summit à Stratford, en Ontario cet automne, en octobre. Récemment, on apprenait aussi que Patrick White devenait le premier rédacteur en chef du Huffington Post Québec. Après Projetj.ca qui a été le premier à confirmer l’identité de certains des blogueurs du HuffPostQc, on apprenait hier (via Le Devoir) l’identité de d’autres collaborateurs dont plusieurs sont identifiés à la gauche Québécoise. Il avait déjà plusieurs « vedettes» de la gauche Canadienne pour collaborer au Huffington Post Canada tels David Suzuki, Romeo Saganash, et Elizabeth May.

Le principal argument de Simon Jodoin repose sur la cohérence de certains des collaborateurs envers le modèle d’affaires de Huffington Post/AOL:

« Ainsi, tout ce beau monde semble avaliser le plan d’affaire HuffPost America Online qui repose essentiellement sur le bénévolat des créateurs de contenu. Il y a de quoi s’étonner de voir, par exemple, Pierre Curzi dans la liste des nouveaux bénévoles de l’information, après avoir défendu pendant tant d’années les droits des artistes et leurs cachets. Splendide de cohérence! »

Dans sa deuxième chronique, «M. BangBang» ironise en supposant qu’il devient acceptable de renvoyer «tous nos employés/pigistes sous prétexte qu’on a un grand public?» Intéressant débat…

La question posée dans ce débat devient donc de savoir si la quête d’un plus large lectorat justifie d’encourager n’importe quel modèle d’affaires via une sorte de bénévolat ?

Ces gens réputés pour être de ceux pour qui la fin ne justifie pas les moyens ont donc préféré le gain en audience au fait de contribuer à enrichir AOL America Online. Simon Jodoin :

« Par ailleurs, on m’a proposé un argument pour défendre ce modèle d’affaire et le choix des bénévoles de l’information. Il faudrait, me dit-on, comprendre l’importance pour les intellectuels, auteurs et politiciens (de gauche ou de droite, ça ne fait aucune différence) d’avoir accès à une tribune afin de pouvoir rejoindre la masse et diffuser librement leurs idées au plus grand nombre. Autrement dit, peu importe le modèle d’affaire qui la soutient, une « grosse plateforme » se justifierait par ce qu’elle est, c’est-à-dire grosse. Tout compte fait, ce serait une bonne chose. »

Je ne suis pas dans une position de recherche d’un plus large lectorat. Facile pour moi de dire que l’offre du Huffington Post Québec ne m’intéresse pas. Je préfère être rémunéré pour mon travail, mais il m’arrive de faire exception.

Ça pourrait changer qui sait… Le modèle d’affaires du journal en ligne de Arianna Huffington me chicote, bien entendu. Je crois néanmoins que dans la balance, l’idée de rejoindre via le Huffington Post Québec des gens différents de ceux que je rejoins actuellement (faudrait vérifier jusqu’à quel point ce serait le cas) pourrait me séduire. S’il ne faut pas encourager n’importe quel modèle d’affaires, celui en cause ici n’a pas que des défauts. J’admets que c’était beaucoup plus facile pour moi d’accepter de publier gratuitement au Voir, par exemple… Faudrait vraiment que je sois convaincu que les causes que je défends y gagnent au change, par contre. Je ne suis pas là actuellement…

Reste que j’ai bien hâte de voir ce que les Françoise David, Amir Khadir, Jean Barbe et autres défenseurs sans condition d’une certaine vision économique vont faire. Simon Jodoin ne la leur donne pas facile:

« Et que dire de la participation de Jean Barbe, pourtant très solidaire des indignés, du 99% de la population qui se fait baiser par le 1% des mieux nantis au sein d’un néolibéralisme mondial? Que vas-tu faire dans cette galère Jean? Le modèle AOL America Online est sans doute l’illustration médiatique la plus parfaite de cette réalité que tu dénonces depuis quelques semaines : On prend un modèle profitable, un major des médias y voit une bonne affaire, on paye le moins de gens possible, on l’exporte tel quel dans toutes les contrées afin d’avoir encore plus de gens qui travailleront, pour des pinottes ou pour rien, afin de maximiser les profits. »

À suivre…

Mise à jour du lendemain : Point de vue plus proche de ce qui précède chez Jocelyne Robert qui, elle, accepte de prendre part à l’aventure ayant « envie de faire une aparté sur ce silence [à propos des] questions de sexologie ». Voir « Le Huffington Post Québec et moi ».

Mise à jour du surlendemain : Le débat se continue au Devoir, « Le Huffington Post Québec dans la mire ». Aussi, je viens de recevoir une invitation à me joindre aux blogueurs du HPQ. Décision après la période des Fêtes…

Mise à jour du 21 décembre : Québec Solidaire publie aujourd’hui une mise au point. Le Voir, affirme qu’il paye ses blogueurs et Projet J assure le suivi : « Huffington Post Québec: le Voir s’indigne ». D’autres journalistes continuent d’écrire sur le sujet dont Patrick Lagacé, Paul Journet et Nathalie Collard. Sur le journal en ligne Observatoire des médias, il y a aussi un article, « HuffPost : Pourquoi la gauche soutient-elle la non-rémunération des blogueurs ? ». Même chose sur un blogue de L’express.fr, « Ah bon, blogueur, c’est un métier?» et sur un autre, la voix du dodo, « Viens bloguer au « HuffPo », pour le plaisir et pour la gloire ». La lecture de ces points de vue me fait penser que je donne plusieurs entrevues à des journalistes, gratuitement. Ils rapportent/commentent mon point de vue; parfois, ils choisissent des extraits de nos conversations. Souvent, des meilleures entrevues que j’ai données, il n’est rien resté. J’accepte cela sans problème. Pourquoi je me sentirais «cheap» de publier directement (sans rémunération) mon point de vue dans un média sans passer par un journaliste ? Je comprends leurs frustrations, mais d’un point de vue de blogueur (je ne suis pas journaliste), lorsque je passe par un journaliste pour communiquer mes idées, non seulement je ne suis pas davantage rémunéré (et je contribue à enrichir une entreprise médiatique), mais je ne suis même pas certain de ce qui «sortira» au bout du filtre… On se comprend ?

Mise à jour du 21 décembre au soir : Décision prise… Je ne serai pas blogueur au Huffington Post Québec.

Mise à jour du 23 décembre au soir : Encore beaucoup d’action sur le sujet depuis deux jours. Martin Lessard a écrit un billet qui semble faire l’unanimité des internautes, « Les blogueurs, ressources à exploiter? », Patrick Lagacé revient avec une deuxième analyse, « Huffington Post Québec, bis », Michel David lui, a publié un coup de gueule assez clair, (« Sans scrupules ») ce qui a pu contribuer au volte-face des cochefs de Québec Solidaire qui ont annoncé qu’ils s’abstiendront «de toute collaboration directe» avec le HPQ. Enfin, Cécile Gladel a aussi écrit sur le sujet, « Écrire gratuitement dévalorise l’écriture, le métier… ». Et puis (faut pas que j’oublie), il y a aussi le Voir qui a bougé et annonce aujourd’hui toute une liste de blogueurs qui joignent « leur écurie »; j’en fais partie !

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