«Hacker la politique»… pour mieux se comprendre

Note aux lecteurs : Ce billet se veut une contribution à la discussion lancée par Pierre Bouchard, «Pourquoi les geeks et les politiciens sont-ils incapables de se comprendre ?»

Le sujet de la gouvernance numérique est un des fondements de mon engagement quotidien. Après avoir découvert la puissance du numérique du temps où j’étais à la direction d’écoles (1989-2005), ma vie professionnelle a complètement basculé, me permettant d’aller conseiller plusieurs organisations et d’être impliqué dans plusieurs centaines de projets où les technologies ont été au service des apprentissages (via Opossum, pour la période entre 2005 et 2012). Mon désir de contribuer à changer le monde m’a mené tout naturellement à l’engagement politique. En ce moment, j’écris dans un journal, j’interviens par Mario tout de go Inc et je suis administrateur à l’Institut de gouvernance numérique.

Tout ça pour dire que la question posée par mon collègue conseiller stratégique m’interpelle énormément.

Mon premier réflexe après m’être dit qu’en effet, les geeks et les politiciens ne se comprennent pas vraiment bien pour le moment, a été de réécouter l’excellente intervention de Sylvain Carle au dernier Forum des idées pour le Québec…

Sylvain (qui affirme venir «de l’Internet») ne se présente pas comme un «jeune homme derrière son ordinateur qui craque des systèmes informatiques», mais plutôt comme quelqu’un qui se considère «un gentil hacker». Il n’entre pas par effraction, mais tente de nous convaincre qu’il est possible en collaborant de résoudre des problèmes difficile à régler, voire «impossible à gérer». Sa méthode: les subdiviser en plus petits problèmes, identifiés formellement par la capacité à les reproduire.

Le bordel informatique étant assez bien documenté, on sait jusqu’à quel point il pose un problème, ne serait-ce que par les sommes d’argent importantes qui sont en cause sans véritablement satisfaire aux besoins des Québécois.

Le Plan Nerd au lieu du Plan Nord
Pour éviter «de devenir un pays du tiers-monde économique», Sylvain propose de «hacker le gouvernement».

Il nous propose d’entrer dans «la couche naturelle de valeur» qu’est le numérique. Pour se faire, on sait tous qu’il faudra apprendre à mieux collaborer, gens de technos et politiciens, pour enfin entrer dans le 21e siècle et cesser de tout investir dans la gestion des technologies, pour se concentrer davantage dans la gestion de l’information.

Au sortir de l’évènement de l’automne dernier, nous avons perçu que le Plan Nerd s’en venait…

«La matière première de l’ère du savoir, de la société en réseaux, n’est pas dans le sol, elle est dans la tête des Québécois» (source).

La raison qui explique qu’il n’y ait pas encore de démarche officielle pour s’y rendre est peut-être que les geeks et les politiciens, encore une fois, ne se sont pas compris.

La culture hacker
Une des présentations les plus convaincantes pour se familiariser avec la culture des hackers vient de Sébastien Paquet, un de nos plus brillants scientifiques du Québec.

Quand le système commence à craquer comme c’est le cas actuellement, il y a des opportunités pour des gens qui pensent différemment. Sébastien Paquet propose [aux politiciens] de s’imprégner de la culture hacker et il n’est pas le seul.

Patrick Plante est détenteur d’un doctorat en technologie éducative de l’Université Laval. Il propose lui aussi de démocratiser les usages de la technologie par la «pédagogie hacker»:

«Pédagogie et hacker sont des mots qui, de prime abord, ne semblent pas aller ensemble. La raison principale de ce malaise est que les hackers sont souvent confondus avec les pirates, mercenaires ou simplement voleurs d’identité. Les hackers sont plutôt des créatifs qui sont à la base de la révolution informatique des années 60-70-80 et qui sont aujourd’hui dans la création de logiciels libres, dans la défense des libertés démocratiques sur Internet, et dans d’autres actions et créations motivées par ce que plusieurs nomment une éthique hacker (Himanen, 2001; Levy, 2010). Ce que nous proposons par pédagogie hacker est plus spécifiquement, dans un premier temps, une conception différente de la technologie, où celle-ci est perçue comme non neutre et contenant des valeurs (Feenberg 2004), et deuxièmement, comme une pédagogie alternative de la technologie qui va au-delà de l’usage en s’inspirant des hackers qui codent, décodent et recodent la technologie. L’aspect pédagogique est dans la concrétisation de la technologie, c’est-à-dire dans les actions entreprises par l’apprenant pour que la technologie concorde avec les finalités du système éducatif» (source).

Il y a trop peu de politiciens qui font l’expérience du numérique. Il y en a davantage en 2015 qu’il y en avait voilà même deux ou trois ans, mais nous sommes loin d’avoir atteint une masse critique. Pour aller plus loin dans notre collaboration entre gens de technos et politiciens, il nous faudra vaincre quelques barrières, dont le sacro-saint désir du contrôle de l’information.

Comme l’écrivait Sylvain cette semaine, «ça va prendre des geeks politiciens ou des politiciens geeks pour s’en sortir…».

Si je peux me permettre, ça va vouloir dire davantage de geeks qui font de la politique et beaucoup plus de politiciens qui acceptent de se mettre les pattes dans la technologie.

Nous allons trouver nos marques communes dans des lieux communs. Il faut les multiplier et s’y raconter nos histoires, nos réussites et nos difficultés.

De notre côté, de celui des geeks, je suggère dans cet esprit de «hacker la politique».

Gentiment, sans effraction, mais résolument !

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