Le bâillon des vraies affaires

Note : Ce billet a d’abord été publié au Journal de Québec et au Journal de Montréal dans la section du blogue des «spin doctors».

Le gouvernement Couillard aura à prendre une décision importante cette semaine s’il enclenche ou non à l’Assemblée nationale une mesure pour limiter les débats sur un ou des projets de loi actuellement à l’étude. La fin de session des libéraux étant déjà le fait de plusieurs controverses, le premier ministre voudra-t-il prolonger son calvaire de quelques jours pour mener à terme une de ses pièces législatives ?

On sait déjà que Jean-Marc Fournier (le leader parlementaire du gouvernement) « attendra jusqu’au dernier moment de la session parlementaire, vendredi prochain, avant de décider si le bâillon s’impose » (source).

La réforme de l’aide sociale (PL #70) et celle sur les services de transport par taxi (PL #100) sont au coeur de la réflexion et dans une moindre mesure, le registre des armes à feu (PL #64).

Le problème majeur de Philippe Couillard est que pour chaque jour de prolongation des travaux parlementaires il se tient une nouvelle période de questions orales où ces temps-ci, franchement, le gouvernement se fait furieusement secouer.

La procédure du bâillon comporte toujours un coût politique, mais cette fois, il faudra ajouter de prolonger la mise en lumière des problèmes de certains ministres vraiment sur la sellette.

Jacques Daoust sera-t-il encore ministre à la fin de la session ?
Plusieurs des controverses les plus persistantes impliquent le ministre des Transport Jacques Daoust. La gestion des contrats au MTQ, la vente des actions de Rona détenues par Investissement Québec, la menace des chauffeurs de taxi sur fond de Grand Prix automobile… tous les chemins de gravelle semblent mener au bureau du ministre Daoust.

La semaine dernière s’est terminée avec les confidences de l’ex-PDG de RONA au micro de Benoît Dutrizac et nul doute que des échos de cette conversation seront des débats de début de semaine. Jacques Daoust aurait non seulement « ouvert la porte à la vente du fleuron québécois » selon Robert Dutton, il aurait aussi affirmé « qu’il ne voulait rien savoir de RONA » ! (source)

Je passe sous silence le segment de l’entrevue qui concerne le vignoble de Jacques Daoust que ce dernier voulait rénover.

La décision d’utiliser la procédure pour limiter les débats et faire adopter le projet de Loi 100 placerait le même Jacques Daoust au coeur de l’action. Quand on sait jusqu’à quel point les jeunes libéraux s’opposent à cette législation, il n’y a rien pour se réjouir si on se place du point de vue de Jean-Marc Fournier.

Je prends à témoin un gazouillis de l’aile jeunesse du Parti libéral du Québec et un article de la revue Forbes…

Des sources m’indiquent que des jeunes du PLQ pourraient vouloir « alimenter » la réflexion du gouvernement pendant qu’on envisage le bâillon et surtout, elle viserait à rappeler au maillon faible de la gestion de ce projet de Loi, Jacques Daoust, qu’il avait été recruté pour s’occuper des « vraies affaires ».

Vous vous souvenez… « l’effet libéral » !

Là réside tout le problème du gouvernement.

Si la tâche n’était que de devoir lutter contre les oppositions, on pourrait toujours y faire face, mais la grogne vient aussi de l’intérieur du Parti libéral. Et les jeunes ne constituent pas la seule préoccupation.

Imaginez la réaction de ceux qui croient encore que le PLQ est le parti de l’économie après avoir entendu parler le premier ministre la semaine dernière en Chambre à propos de la vente des actions de RONA à Lowe’s :

« Acheter, c’est prendre un risque et vendre, c’est se libérer d’un risque. »

Quelles options pour le gouvernement ?
Accepter le projet pilote proposé par Uber Québec et ainsi faire valoir aux chauffeurs de taxi que l’entreprise suspendra temporairement ses services le temps de s’ajuster ?

Nettoyer l’ardoise en remplaçant Jacques Daoust par Robert Poëti, quitte à exposer le premier ministre à devoir faire amende honorable pour avoir réinstallé le titulaire précédent aux Transports, celui-là même qu’on a exclu du dernier remaniement ministériel ?

Laisser la session se terminer en queue de poisson d’autant qu’elle n’a constitué que six mois de perdus dans un mandat de quatre ans et demi.

Dans le fond, la question est de savoir de quel côté sont les « vraies affaires » au gouvernement : protéger le modèle actuel de la gestion de l’offre dans les permis de taxi ou s’ouvrir à l’économie collaborative en trouvant une façon de faire coexister deux types d’approches différentes ?

On se souhaite une belle fin de session parlementaire…

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