Les nouvelles capacités

Note : Ce billet a d’abord été publié au Journal de Québec et au Journal de Montréal dans la section blogue.

Plus que jamais auparavant il devient possible de s’affirmer en dehors des sentiers battus. La guerre au « on a toujours fait comme ça » est officiellement déclarée !

Je constatais avec bonheur cette semaine que l’audace de Serge Postigo avait tourné à son avantage, finalement. Contesté par l’establishment pour avoir lancé des auditions grand public visant à débusquer des talents peu reconnus pour sa comédie musicale Mary Poppins, il en récolte aujourd’hui les fruits.

« Choix judicieux » (1), « Réussite totale » (2) ou « spectacle grandiose » (3), on comprendra qu’il n’a pas suffit au metteur en scène de faire monter sur les planches de nouvelles recrues talentueuses pour réussir à impressionner. On reconnaît toutefois maintenant à Postigo le mérite de sa stratégie: des auditions ouvertes aux « amateurs » qu’il devient de plus en plus facile de rejoindre (source).

Ces nouvelles capacités à s’affirmer hors des convenances sont accélérées par l’émergence des usages du numérique au sens large. Tous les domaines sont touchés et les systèmes qui s’acharnent à ne pas en tenir compte vivent énormément de turbulences.

Dans une discussion consécutive à la publication de mon billet d’hier, une internaute a attiré mon attention sur le compte rendu très éclairant d’une entrevue de Benoît Thieulin, un entrepreneur français qui vient de quitter tout dernièrement le Conseil national du numérique en France. Son point de vue s’applique parfaitement à la réalité québécoise…

« Nous sommes à la Renaissance, au moment où il se passe un truc étrange, où Gutenberg invente l’imprimerie et tout d’un coup le savoir, la connaissance vont se diffuser sur un autre mode. Aujourd’hui, ce que l’on vit, c’est l’émergence de pouvoirs latéraux. Le numérique est l’émergence d’un énorme vague latérale. Toutes les organisations se sont jusque là constituées sur un mode pyramidal. Le numérique permet des échanges latéraux. Mais il ne faut pas se focaliser sur Uber et sur les plateformes. Aujourd’hui, elles incarnent cette transformation. Mais ce qui est dingue, ce n’est pas Uber, mais c’est que d’un coup, un individu puisse échanger économiquement avec un autre individu de manière aussi rapide. »

Pas étonnant dans le contexte du faux départ de la consultation sur la Stratégie numérique évoqué hier que ce soit si difficile de s’éloigner des réflexes habituels.

Les individus s’emparent avec fracas de la possibilité de prendre la parole en public par les différentes plateformes dites « sociales » et si le résultat n’est pas toujours édifiant, la remise en réseaux qu’elle provoque change la donne.

Ces nouveaux modes d’échanges ont surtout des impacts sur l’économie pour le moment, mais bientôt la santé, l’éducation et la politique (derniers bastions qui n’ont pas encore « disrupté » selon Benoît Thieulin) vont connaître leurs moments de remise en question.

Je traite assez souvent ici des pressions sur l’école qu’exercent les usages du numérique. Le récent épisode de l’examen en histoire nationale est un bon exemple.

Des phénomènes comme la montée d’un certain populisme en politique (qui a sûrement joué un rôle dans les résultats du vote au Brexit) découlent de ces nouvelles capacités et les politiciens devront en prendre acte avant de continuer à utiliser les stratégies d’un autre temps.

Benoît Thieulin offre un diagnostic intéressant aux personnes qui oeuvrent dans certains domaines qui tardent à s’ajuster: « On ne peut pas avoir une approche théorique de la transformation numérique. Le numérique si vous ne pratiquez pas, vous ne comprenez pas ».

En santé, en éducation et en politique, il est plus que temps de se mettre le nez dans le trafic. Les nouvelles capacités se développent avec l’usage et il est impossible de déléguer pour les apprivoiser.

Certains pourraient profiter de l’été pour s’essayer, tiens !

N.B. Ce blogue se place en mode Festival d’été de Québec pour les deux prochaines semaines. Vivre à Québec est bien souvent un grand privilège et je ne compte pas bouder mon plaisir avec l’arrivée de cette belle programmation !

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